LES PAV8A0ES ET LA MYTHOLOGIE DE LORD BÏRON
mythologie populaire, c’csl le dualisme persan qui semble avoir engendré la mythologie de lord lîyron. L'armée des ténèbres et celle de la lumière, OrmiTzd et Ahriman poursuivent la grande bataille de la vie dans l'âme de ses héros et dans les paysages qu’il décrit. Évidemment ce n'est pas l'imité souveraine, l’ordre imprescriptible, le calme triomphant qui le frappent dans la création. Il est d’un sang héroïque et passionné ; il a besoin d'amour et de haine, il n’est point d’une famille spéculative et résignée. Il ne saurait s’élever au fatalisme olympien de Goethe, ni aspirer à la façon des Brahmcs au bienheureux anéantissement dans l'ètrc universel. II est issu de la branche militante des adorateurs de la nature. C’est un Persan et non pas un Indien; il est de la tribu de Djemschid et non de celle de Rama.
Kn vain il essaye par moment de se mêler, de s’abdiquer, de se perdre dans la vie commuée de la création, et, avec Manfred, il demande à toutes les puissances de la nature le repos suprême de l’oubli ; son Ame persiste tout entière avec sa passion et son souvenir; il aime, il se rappelle, il désire, il combat jusqu’à la dernière heure. Toute la nature, tout le peuple des génies secondaires, tous les éléments aiment, se souviennent, désirent et combattent autour de lui. C'est le même combat que décrit Milton en dehors de la nature et dans les régions théologiques. Dans Bvron , la nature elle-même, le vrai monde où se posent nos pieds, où s’agitent nosamours et nos haines parmi des (leurs palpables et des épines sanglantes, notre terre, enfin, est plus présente et plus vivante. Le drame s'est fait chair et l'indescriptible champ de bataille de Jéhovah et de Satan s’est fait paysage. L’acteur, c’est-à-dire l’homme lui-même, le sen-
2fU LA POÉSIE ANGLAISE.
liment, la pensée tiennent toujours la plus grande place dans le poème, comme il convient dans loule poésie qui (jarde à l'homme et à Dieu la personnalité.
Les paysages de lord Byron ne sont jamais exubérants, mais toujours animés et comme vivant par euxniémes ; ils participent de ce besoin d'action particulier à la race du poète et qui place si haut ses personnages au-dessus de la nature* caressée ou domptée par eux. Byron a trouvé dans scs descriptions, dans l’ordonnance de ses tableaux, dans son style, la juste proportion de la pensée et de l’image, le juste équilibre entre l’exubérance de la nature cl celle du pur esprit. Si l'on peut oublier un moment en face de Byron le grand poète de l’âme pour le paysagiste et le peintre du monde extérieur, on s’étonne de trouver ce (ils desScandinaves mesuré, sobre, élégant, harmonieuxeommeunmaitreathénien. Mais, dans ce style tout classique, quel débordement de passion, quelle haute puissance de rêverie! Combien se déploie largement ce sentiment de l’infini dans la nature ([ue les races germaniques, à travers leur éducation chrétienne, conservent encore des vieilles religions de l’Orient.