L'ARCHITECTURE ET L’ART DU MOYEN AGE
derrière elle et bien loin au-dessus. Aussi s’attache-t-il dans la nature au* objets, aux phénomènes les plus délicats, les moins matériels pour ainsi dire; c'est là qu'il choisit ses motifs poétiques, les thèmes qu'il développe, les symboles qu'il anime, les mots de l'idiome qu'il parle, les caractères de l'alphabet qu'il écrit. Les temples de l'Égypte et de l'Inde portent dans leur ensemble l'aspect de la nature inorganique; c'est une caverne, c'est une montagne sculptée; et, dans leurs détails, la vie animale s’exprime de préférence à toute autre : des bêles étranges, des monstres humains, tels sont les éléments habituels de celte ornementation symbolique. Le rocher, la pierre massive comme signe de la substance permanente, l’animalité comme signe de la vie ; c’est là ce qui caractérise l’expression donnée par le panthéisme oriental au sentiment de la nature. Pour lui l'essence des choses, le principe divin n’est pas séparé de la matière, et toute vie est nécessairement incarnée dans un organisme bestial. A part quelques détails témoignant du spiritualisme indécis qui éclairait parfois la conscience des artistes- prêtres, l'architecture de l'Orient primitif représente exclusivement l'idée de substance et de vie dans la matière ; la nature n'est pas pour eux le symbole de l'infini, elle est cet infini lui-même; tous les arts s'inspirent et s'enivrent de ce monstrueux idéal. Le culte de la beauté abstraite adorée pour elle-même ne s'éveillera que chez les Grecs avec la pleine conscience morale. Mais quand le christianisme aura déplacé au profit de l'invisible le principe de la substance et de la vie, un art nouveau, moins préoccupé de la forme pure, reprendra par la voie spiritualiste la poursuite de l'infini, et, dans son symbolisme plus délicat, représentera une
LE MOYEN AGE
conception plus haute de l'Être et de son éternelle action.
De ce moment, l'intelligence emprunte au monde visible un tout autre ordre de figures pour en revêtir ses idées. C’est le règne végétal plus particulièrement qui fournil au naturalisme chrétien des impressions et des images. J,cs symboles tirés des plantes et des forêts, de ces sombres et vastes étendues peuplées par les chênes, les sapins ou les mélèzes, traduisent mieux les vagues émotions, les aspirations indéfinies du spiritualisme nouveau. Il a placé dans l'immatériel l'idée de la substance et de la vie; il choisira ce qu'il y a de plus délicat, de plus transparent dans la matière pour construire la figure de son idéal. Dans la demeure qu’il élève à son Dieu, dans l’édifice consacré à représenter la notion qu'il s’est formée de l'univers, il reproduira l'apparence de ce règne déjà supérieur an règne inorganique, où la vie est déjà manifeste sans être emportée par la turbulence quelle acquiert dans le règne animal. Pour peindre l'idée de substance et de vie dans la religion du pur esprit, tout ce qui rappelle le sang et la chair éveille de trop vives et de trop grossières images. L’invisible infini habite une région formée de tout ce qu'il y a de plus éthérê, de plus vague, de plus indéfini dans le visible. Cet autel , où n'apparaissent plus de victimes «anglantes, où les fruits de la terre, où le pain et le vin sont seuls offerts en sacrifice, ne s’élève plus dans l'hypogée primitive ou dans les lourdes constructions qui la représentent; il est placé comme à la face du ciel. Mais le mystérieux festin s’abrite à l'ombre des grandes forêts, les troncs des arbres et les hauts piliers lui font une barrière qui le sépare des profanes; les
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roseaux, les branches voilent un peu aux fidèles, mais sans les leur dérober tout à fait, les vagues profondeurs du firmament.