‹ Le Sentiment de la NatureChapitre 61 sur 92 · LE F A H ST. MYTHOLOGIE DE GŒTHE · texte numérisé non relu

LE F A H ST. MYTHOLOGIE DE GŒTHE

Les drames de Gœlhe n'ont pas tous cette vie saisissante qui nous frappe dans Hermann et Dorothée , malgré la vérité constante du style et sa noblesse qui sait rendre les détails les plus vulgaires dans les conditions de la haute épopée. Les personnages du théâtre de Goethe, quoique doués tous d’une individualité très-caractérisée, tous variés, tous marqués d'un nom propre, ne sont pas d'une chair aussi vivante que ceux de Shakespeare. On sent trop, en lisant la plupart de ses pièces, que le penseur a précédé et gouverné le poëtc ; que le type de ses héros ne s'est pas produit dans son imagination d'un seul coup et armé de toutes pièces. Le germe d'un grand nombre de ses personnages et des situations qu'il combine est une idée philosophique plutôt qu'une conception de poëtc dramatique ou d'artiste désintéressé de toute thèse morale. Le théâtre, en général, n'a guère de matériaux à nous fournir pour le sujet qui nous occupe ; il appartient tout entier h l’homme, à ses passions, à ses luttes contre la société ou contre lui-méme; le sentiment de la nature proprement dit ne s’y manifeste qu’exceptionncllemcnt et pour compléter la peinture d’un

LA POÉSIE ALLEMANDE

caractère. Cependant, chez les poètes et dans les littératures qui le possèdent à un degré éminent, le drame lui-mème en porte des traces irrécusables. Nous avons montré quel rôle surabondant il joue dans certaines pièces du théâtre de l’Inde. Telle pièce de Shakespeare est à la fois une symphonie et un paysage, une sorte d'opéra où la poésie à elle seule tient lieu de la peinture et de la musique. I.e Soiuje d'une nuit d'Èté, la Tempête , nous transportent sur les limites du monde humain, en plein paysage, et nous jettent dans le vague enivrement que produisent la senteur et la musique des forêts, l'aspect des montagnes et de l’Océan. On retrouve quelque chose de ce charme dans le ravissant petit opéra de Jery et Bœtely, dont le cadre et les couleurs sont évidemment rapportés des Alpes suisses et de ce môme voyage autour du lac des Quatre-Cantons, où Goethe conçut la première idée du chef-d’œuvre que devait exécuter Schiller.

Nous n’étudions ici qu’un des aspects de ce merveilleux génie ; il faut de trop larges ailes pour en faire le tour. Depuis quelques années, d’ailleurs, la critique s’est partagé ce vaste monde, et les études se multiplient sur la biographie du poète, sur telle ou telle partie de son œuvre. L’analyse du Faust lassera encore bien des commentateurs sans être épuisée. Il est impossible de méconnaître la grandeur de cette conception ; et , cependant, l’admiration qui se livre franchement à des œuvres moindres de ce grand esprit reste hésitante en face de cet étrange monument. Nous serions tenté, pour notre compte, de nous écrier devant lui comme Goethe au moment du suprême passage : « De la lumière , plus de lumière! » Chez d’autres poêles, l’obscurité, la bi-

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