‹ Le Sentiment de la NatureChapitre 7 sur 92 · L'ARCHITECTURE ET L'ART DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

L'ARCHITECTURE ET L'ART DU MOYEN AGE

art est en lui-même parfail, d'une perfection géométrique. C'est dire en même temps qu’il est borné : la perfection dans toute chose humaine rencontre vite une limite. Le mérite, et en même temps le côté faible des œuvres grecques, c’est que la limite s’y fait vite sentir; rien n’y trahit l'inquiétude de l'infini. De là ce calme, celte satisfaction sans mélange que l’esprit éprouve à contempler de pareilles œuvres, et ce silence que le cœur garde souvent auprès d'elles. Les âmes ardentes, agitées des ambitions sublimes et démesurées que le christianisme a déposées dans les sociétés modernes, celles mêmes qui ont porté dans les passions et les appétits matériels ces instincts d'infini éveillés en nous pour un plus noble but, se révoltent contre l'implacable sérénité, contre la perfection, contre les lignes arrêtées et paisibles de l’art grec. Les âmes en qui la raison domine avec le goût de la beauté pure aiment à se reposer dans la paix de cette admiration sans désirs et sans inquiétudes. Il est certain que ce repos est d'un grand prix ; on le sent plus vivement tous les jours, exposé que l’on est à la contagion de notre art énervé et convulsif. Celte simplicité délasse le regard de la fatigue que lui causent notre style contourné et nos physionomies prétentieuses. Il est bon de se sentir en face d’un monument calme, simple et achevé. Les édifices du moyen âge sont tous inachevés et tous le paraissent. On pourrait les complé ter jusqu'à la dernière pierre, sans leur ôter jamais le caractère d’une œuvre en construction. C’est la destinée de tous les produits de ce temps, de ses poèmes, de ses institutions plus encore que de son architecture, la moins imparfaite de ses œuvres; il a produit par milliers de sublimes ébauches, mais il n’a rien terminé.

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