‹ Le Sentiment de la NatureChapitre 84 sur 92 · OIE FACT-TL ENTENDRE PAR L'IDÉAL. SCSI · texte numérisé non relu

OIE FACT-TL ENTENDRE PAR L'IDÉAL. SCSI

à l’ordre divin. Sa sensibilité n’est pas plus vive; ses facultés d’artiste sont égales ; elles sont moindres, si vous le voulez. Et cependant la nature s’agrandit, se vivifie, se divinise sous sa main; c’est qu'il a l'idée d'un monde surnaturel et le vrai sentiment de l'idéal. Il possède l’instinct ou la notion réfléchie d'un Dieu réel, d’une sagesse et d’une bonté libres, à qui la nature est soumise. Rien dans le monde matériel n’a pour lui d’existence isolée, fortuite, indépendante d’une intelligence et d’un amour suprême. Lui seul peut trouver l'harmonie véritable, des accords justes, la poésie complète, parce qu’il admet seul la diversité des substances. On ne fait pas un chant avec une seule .note : la peinture est muette, la poésie sonne à faux, quand elles ne font pas pressentir Dieu et l’âme dans la nature.

Comment sous la réalité, sous ces formes si positives, si particulières, si bornées, en apparence, qui s’offrent à nous dans les objets matériels, dans un arbre, une fleur, un étroit paysage, le poêle peut-il faire pressentir l’idéal. Sera-ce en les décrivant, sans tenir compte de leurs accidents particuliers et dans ces conditions de beauté abstraite et générale qui les rapprocheraient de ce qu'on suppose être le type invisible de leur espèce? Non , le vrai sentiment de l'idéal dans la nature n’ôle rien à celui de la vérité individuelle et du moindre accident de la forme; il n'exclut pas la saisissante exactitiludc des images. L’idéal n'a rien de commun avec le ponsif traditionnel des écoles épuisées. Il ne s'agit pas de chercher la beauté de convention en corrigeant la nature. Le paysage, dans la poésie comme dans la peinture, est de toutes les œuvres celle qui se passe le mieux de cette sorte d’embellissement ; avant tout , il a besoin

(Vôtre réel et frappant pour devenir idéal. Que fait donc le penseur religieux et qu'éprouve-t-il de plus qu’uu réaliste en face de l’univers visible?

Le poêle sent et agit d’après cette croyance, instinctive ou réfléchie, que toute image correspond à une idée, que tout est symbole dans la nature, que rien de ce qui est matériel n'existe pour soi-mèmc et par soi-même; que le visible a pour support et pour principe un invisible, qu'il y a au delà de l’univers un monde surnaturel, et que l'ordre surnaturel c’est Dieu. Ce sentiment portera son fruit immédiat et se manifestera jusque dans le style; il changera toutes les conditions de la peinture;

11 introduira la perspective et les lointains dans ce qui n'était qu'une sorte de bas-relief; il donnera le mouvement et la vie à la description, qui n’était qu'une nomenclature pittoresque, la parole, la signification, l'harmonie à ce qui était muet. Nul poète ne saurait rendre toute la vérité et toute la beauté de la forme, si dans son esprit la forme ne s'éclaire pas des reflets d’une idée, si elle n'a pas à ses yeux des rapports avec l'invisible, s’il ne la rattache à aucun effet d'harmonie et d'ensemble. Une idée dans Pâme du peintre est aussi nécessaire que la lumière dans le tableau pour faire valoir la forme. Le poète est pénétré de celte croyance, que tout ce qu'il voit, tout ce qu'il entreprend de peindre, a été pensé, ordonné par une Providence souveraine ; qu'à l'heure même où il la contemple, chaque créature ne subsiste que parce qu’elle est encore actuellement conçue, voulue et produite par l’auteur divin. Chaque forme de la nature reste subordonnée à cette pensée créatrice qui la coordonne avec l'ensemble de son oeuvre ; elle est à son auteur comme une parole produite est à

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