Helmholtz. Optique physiologique, p
DU PLAISIR ATTACHÉ AU SENTIMENT DU BEAU lOQ
nerveuses, dont Texcitation donne respectivement la sensation du rouge, du vert et du violet... Cependant il ne faut pas nier, mais bien plutôt admettre, pour l'explication de nombre de phénomènes, que chaque couleur spectrale excite toutes les espèces de fibres, mais avec une intensité différente... Le rouge simple excite fortement les fibres sensibles au rouge et faiblement les deux autres espèces ; sensation: rouge. Le jaune simple excite modérément les fibres sensibles au rouge et au vert, faiblement celles du violet; sensation : jaune. Le vert simple excite fortement les fibres du vert, bien plus faiblement les deux autres espèces ; sensation : vert. Le bleu simple excite modérément les fibres du vert et du violet, faiblements celles du rouge ; sensation: bleu. Le violet simple excite fortement les fibres qui lui appartiennent, faiblement les autres ; sensation : violet. L'excitation à peu près égale de toutes les fibres donne la sensation du blanc ou des couleurs blanchâtres.» S'il en est bien ainsi, on s'explique aisément qu'un principe de variété se soit imposé en peinture ; car la juxtaposition de couleurs analogues risquerait de fatiguer vite nos organes de la vue.
En musique aussi l'uniformité sans doute est proscrite. On ne peut en effet* répéter plusieurs fois une note sans épuiser l'élément nerveux qui entre spécialement en jeu et sans produire par suite une impression désagréable de lassitude. Et de même l'union de deux ou plusieurs sons, qui correspondent à des nombres de vibrations voisins l'un de l'autre, est pénible pour l'oreille, comme est désagréable pour l'œil le rapprochement de couleurs analogues. Mais la fatigue des deux organes n'a pas la même cause. Elle est produite (( pour le nerf acoustique, par une excitation interrompue ; pour le nerf optique, parce que les mêmes fibres
no LE SENTIMENT DU BEAU EN POESIE
sont excitées par des couleurs différentes^ ». La combinaison de sons voisins donne lieu en effet a des battements, c'est-à-dire à des chocs provoqués par des interférences des ondes sonores": d'où résulte une irritation intermittente, qui, pour le nerf optique comme pour tout autre nerf, est beaucoup plus fatigante qu'une irritation continue. — Les sons trop variés ne sont d'ailleurs pas moins interdits en musique que les sons identiques ou analogues. Les sons qui nous plaisent sont ceux dont les nombres de vibrations sont entre eux dans des rapports simples. C'est qu'en effet, tandis que peu de facteurs interviennent dans la production des sons et des articulations du langage, et qu'un petit nombre d'éléments nerveux sert à nous donner la sensation de toutes les couleurs, cliaque son musical, au contraire, est vraisemblablenxent perçu par une fibre différente de l'organe de Corti. On comprend donc fort bien qu'en musique le danger serait grand que l'oreille ne fût accablée par la diversité des sons. Aussi l'harmonie musicale, au lieu d'être fondée sur un principe de variété, comme l'harmonie des vers et celle des couleurs, se trouve-t-elle régie par un principe de simplification mathématique. Les organes de l'ouïe obéissent donc bien, comme ceux de la parole et de la vue, au même désir de s'exercer sans fatigue ; et c'est uniquement, ainsi que nous le disions plus haut, la diversité de structure anatomique des sens qui explique la diversité des lois qu'ils imposent.
Après tous les développements qui précèdent, il nous paraît incontestable que des deux principes d'unité et de