DU PLAISIR ATTACHE AU SENTIMENT DU BEAU III
variété, dont l'analyse nous a fait découvrir Texistence dans le sentiment du beau en poésie, le premier est proprement le principe constitutif de la beauté, puisque seul il se retrouve identique au fond de la beauté de tous les arts\ Et comme ce principe d'unité est un principe rationnel, la beauté est donc bien avant tout, ainsi qu'on l'a dit ^ (( l'esprit visible à lui-même dans un objet avec lequel il s'identifie et dont il se distingue ». Mais si la perception de l'unité est l'élément essentiel du sentiment du beau, en poésie comme dans les autres arts, cette perception, remarquons-le, n'est possible que par l'intermédiaire des sens. Car l'unité, dont il s'agit en esthétique, n'est pas une unité simplement conçue par l'intelligence ou réalisée par un effort de volonté : c'est, ne l'oublions pas, une unité (( sentie». Or comment sentir l'unité sinon en la saisissant au travers d'une pluralité d'éléments perceptibles par les sens ? Si donc c'est bien réellement notre ame qui par son
1. Si l'on étudiait les arts des peuples primitifs, on verrait que ce principe rationhel d'unité, qui se manifeste tantôt sous la forme du rythme, tantôt sous celle de la symétrie, devance de beaucoup l'apparition de tout autre principe. Ainsi dans la musique primitive « c'est surtout le rythme, dit Grosse (^Les débuts de l'art, traduction Dirr, Paris, F, Alcan, 1902, p. 222), qui se développe tout d'abord... L'harmonie par contre se développe plus lentement et d'une façon moins sûre. Dans la musique des peuples chasseurs les intervalles ne sont pas fixés et la hauteur des tons est variable ». De même, le trait, qui caractérise l'art ornementaire primitif, c'est la symétrie : « Sur les outils des Mincopies, dit Grosse (même ouvrage, p. ii3), on trouve souvent des séries rythmiques qui consistent en lignes droites et parallèles qui se suivent à intervalles réguliers. Les Australiens ornent quelquefois le bord de leurs boucliers d'une série de petits cercles ; le même ornement est en faveur chez les Hyperboréens. Les séries de figures animales sur les outils en os des Esquimaux sont également arrangées selon le même principe. » Les danses des peuples primitifs sont, elles aussi, soumises au principe du rythme. Et enfin pour la poésie nous lisons encore dans Grosse (même ouvrage, p. 178) que « les chansons par lesquelles les peuples primitifs disent leurs joies et leurs peines ne sont, en règle générale, rien de plus que des phrases simples exprimées sous une forme esthétique simple : la répétition et l'ordre rythmique. »