‹ Le sentiment du beau et le sentiment poétique (essai sur l'esthétique du vers)Chapitre 41 sur 68 · Gomme celles-ci, par exemple · texte numérisé non relu

Gomme celles-ci, par exemple

Grec Latin Français

Racine muk. . .

{luxôaai

mugire

mugir

mugitus

mugissement

Racine we.. . .

à/"7){JLl

venlus

vent

Racine pu. . . .

zuov

putere

puer

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pu ter

puanteur

ttuGhBwv

putride

Racine flu . . .

fluere

fluide

çAuapo;

flumen

flux

ûuctus

flot

LE POUVOIR EXPRESSIF DES SONS iBg

surprendre, si nous réfléchissons un peu à la façon dont les mots ont dû naître. Nous n'avons pas à examiner ici le problème si obscur de Torigine du langage. Supposons, comme au xviii^ siècle Tout imaginé les Encyclopédistes *, qu'une convention lui a donné naissance, et qu'il se trouve être ainsi une création volontiaiire et consciente de rhomme. Admettons avec des philologues modernes, comme Max MûUer^ et Renan \ qu'il est un produit spontané de la nature. Ou bien jugeons, ainsi qu'on tend de plus en plus à le penser, que le langage humain n'est ni tout à fait naturel ni tout à fait artificiel, mais qu'il résulte de la collaboration intime de l'instinct et de la raison î une matière première ayant dû être fournie par la nature, — err abondance'' vraisemblablement (car c'est toujours avec prodigalité que celle-ci procède dans ses

Racine 1er, tar, Ir. . xpiu) lerror terreur

— TpEfAO) terribilis terrible

— TÉpa; tremere trembler

— xàpSo;

I. Voir P. Regnauld. De l'origine du /an^agie (Fischbacher, 1888).

3. Max Mûller. La science du langage (traduction Harris et G. Perrot, Paris, 1876). « L'homme aussi rend des sons, dit-il (p. 419); dans son état primitif et parfait il n'était pas seulement doué de la puissance de traduire ses perceptions par des onomatopées ni, ainsi que le fon^les bêtes, d'exprimer ses sensations par des cris. II possédait en outre la faculté de donner une expression articulée aux conceptions de sa raison. »

3. Renan. De l'origine du langage (18^8). « La seule chose qui me semble incontestable, dit-il (préface, p. 20), c'est que l'invention du langage ne fut point le résultat d'un long tâtonnement, mais d'une intuition primitive, qui révéla à chaque race la coupe générale de son discours et le grand compromis qu'elle dut prendre une fois pour toutes avec sa pensée. »

4. Gomme l'a conjecturé Sayce : Principes de philologie comparée (traduction Ernest Jovy ; Paris, Delagrave, i884> p 95). « Les races modernes ne sont que le résidu choisi d'une variété infinie d'espèces qui ont disparu. On peut assurément en dire autant du langage. Nous devons, non pas nous étonner plus longtemps du nombre surprenant des dialectes que nous rencontrons, mais croire que toutes ces langues ne représentent qu'une bien minime partie des essais disparus, des types éteints qui ont précédé les langues d'aujourd'hui : c'est ainsi que la nature a prodigué sur le globe, depuis la première apparition de la vie, des types innombr;ables dont un petit nombre a survécu. »

l6o LE SENTIMENT POÉTIQUE EN POESIE

diverses créations); et de ces sons primitifs élémentaires le langage étant sans doute sorti par une évolution lente, à laquelle paraît avoir présidé, en même temps que des lois physiologiques très impérieuses, la volonté intelligente, sinon consciente, des hommes*... Peu importe Thypothèse que nous croirons devoir accepter ! Quelque explication que nous donnions de l'origine du langage, du moins il est un point, qui, semble-t-il, est indiscutable : c'est que les mots n'ont pas pu jailUr au hasard de la bouche des hommes et que la fantaisie n'a pas pu davantage présider à leur fabrication. Pourquoi entre des milliers de sons possibles tel son s'est-il trouvé naturellement attaché ou bien a-t-il été volontairement associé à telle représentation ou à telle pensée ? C'est justement, croyons-nous, en vertu du rapport que les hommes ont aperçu d'instinct entre certains caractères de ce son et certains caractères de l'objet qu'il désigne ou de l'idée qu'il exprime. Tous les mots, à l'origine, devaient avoir une valeur imitatîve. Gomme l'a dit Taine^, « au premier jet ils sont sortis du contact des objets ; ils les ont imités par la grimace de la bouche et du nez qui accompagnait leur son, par l'âpreté, par la douceur, la longueur ou la brièveté de ce son, par le râle ou le sifflement du gosier, par le gonflement ou la contraction de la poitrine». Qu'il ait été inventé par l'homme, ou qu'il soit né spontanément en vertu de la sympathie du corps humain et des autres objets matériels et par suite de la résonance en ce corps des pensées et des sentiments intérieurs, le langage, à son début, était, peut-on dire, l'écho de la nature et de l'âme.

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