‹ Le sentiment du beau et le sentiment poétique (essai sur l'esthétique du vers)Chapitre 49 sur 68 · I. Lançon. Conseils sur l'art d'émre (Hachette, p · texte numérisé non relu

I. Lançon. Conseils sur l'art d'émre (Hachette, p

LES PKOCÉDlês POÉTIQUES ! LE MOT ET L*IMAGE 1 gB

également vrai de la comparaison — , « ouvre à notre imagination une porte sur des espaces illimités dont elle visitera ce qu'elle voudra, selon son humeur paresseuse ou vagabonde ». C'est en cette échappée plus ou moins large, ainsi ouverte devant nous par la métaphore et la comparaison, que consiste la poésie de ces deux figures.

Quant au symbole, qui à vrai dire est plutôt une figure de pensée qu'une figure de style, il diffère tout d'abord de la comparaison et de la métaphore par le développement plus étendu qu'il comporte. Une comparaison en effet comprend au plus quelques vers, et la métaphore est enfermée le plus souvent en un vers unique; le symbole au contraire embrasse parfois un poème entier. Mais ce qui distingue surtout le symbole de la comparaison et de la métaphore, c'est que des deux termes, qui forment ordinairement une figure, un seul est ici visible. Et, chose curieuse, celui qui manque est le plus important. Toute figure de style ou de pensée a pour ainsi dire un centre. Ce centre, c'est l'objet même qu'on veut éclairer et comme illustrer à l'aide d'autres représentations. Or dans le symbole l'objet, qu'il s'agit de rendre plus saisissant, est recouvert par les images auxquelles le poète a eu recours : et c'est au lecteur d'écarter en quelque sorte ces images pour apercevoir derrière elles l'objet qui se dérobe.

Mais ce second caractère ne suffit pas plus que le premier .à définir le symbole. La pièce de vers de M""*" Deshoulières, qui a pour titre (( Les brebis », ou celle de Barbier, intitulée « La cavale », ne sont pas des symboles mais des allégories, c'est-à-dire des comparaisons dont le second terme est seul exprimé : ici ce sont ses filles, protégées par le roi, que M™* Deshoulières assimile à un troupeau conduit par un berger vigilant ; et là c'est la France elle-même, longtemps

courbée sous le joug de Napoléon et à la fin se redressant, que Barbier identifie avec une cavale d'abord docile puis rebelle. Cependant, à y regarder de près, on s'aperçoit que dans ces deux allégories la comparaison, implicitement faite, se prolonge à travers deux pièces assez longues, et que le terme inexprimé de cette comparaison est justement l'objet qu'il s'agissait d'illustrer à l'aide d'autres images. Une chose malgré tout distingue profondément l'allégorie du symbole, c'est le caractère individuel de la première de ces figures et le caractère général de la seconde. Sans doute l'image symbolique est, comme l'image allégorique, une image particulière. Mais, tandis que l'allégorie nous fait songer à un objet unique, le symbole au contraire est à nos yeux représentatif d'un groupe indéfini d'objets.

D'ailleurs gardons-nous bien de croire que l'image individuelle, dont est formé le symbole, nous est simplement présentée comme le type d'un genre. Car dans ce cas il faudrait appeler symboles les portraits, toujours généraux par quelque endroit, que les auteurs comiques ont coutume de tracer. Cependant il est clair que Molière, en nous offrant dans le personnage d'Harpagon le type de l'avare ou dans celui de Célimène le type de la coquette, ne crée pas des symboles, mais se borne à généraliser. C'est qu'en vérité le symbole est bien autre chose qu'une simple généralisation : il consiste a représenter à l'aide d'un objet ou d'un être particulier, non pas le genre prochain auquel appartient cet objet ou cet être, mais un genre plus éloigné. Ainsi, dans son poème de Moïse, A. de Vigny représente en la personne du vieux prophète d'Israël non pas tous les prophètes juifs, mais tous les hommes de génie, profanes ou sacrés, que leur supériorité intellectuelle ou morale condamne à la solitude ; dans le loup, qui meurt sans

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