‹ Le sentiment du beau et le sentiment poétique (essai sur l'esthétique du vers)Chapitre 5 sur 68 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Rien n'a plus accru la difficulté des problèmes qui se posent au sujet de la beauté, que l'emploi trop souvent abusif de ce mot. Passons donc en revue les principales acceptions dans lesquelles on prend communément ce terme.

D'abord, comme il est malaisé de définir avec exactitude et de distinguer nettement les diverses émotions esthétiques, on a pris l'habitude commode de les confondre toutes sous une dénomination unique : on qualifie de (( belles )) toutes les œuvres d'art et toutes les productions artistiques de la nature, en présence desquelles nous ressentons des émotions d'un caractère esthétique. « Le nom de beau, a dit expressément Joufiroy \ s'applique à tout ce qui plaît esthétiquement ou sans considération d'intérêt. )) Sans doute, en dépit de leurs différences parfois bien tranchées, toutes les émotions esthétiques ont pour trait commun de nous arracher à la préoccupation des réalités pratiques, en nous faisant éprouver le plaisir de la contemplation. Et il n'y a certes aucun^inconvénient à^ce qu'on appelle beau tout objet ou toute œuvre qui nous met

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