Féré. Sensation et mouvement, p. 65 (Paris, Alcan
LIC SÉNT1MENT ET LA PENSÉE
Ici, c’est l’élément subjectif qui s’exagère jusqu’à devenir exclusif. Les tendances inhibitrices, celles qui constituent l’apport du moi dans la pensée deviennent si impérieuses que la pensée s’agglutine, et finalement disparait.
C’est donc bien là une sorte de retrait graduel de la vie consciente vers l’état affectif, vers la forme la plus indifférenciée du sentiment1, l’aperception directe d’un moi douloureux et sans pensée.
Nous voilà donc en présence d’une nouvelle élimination complète d’une des deux formes extrêmes de la vie consciente. Le sujet est envahi par le sentiment, et la pensée a graduellement disparu. A l’état extrême, le sentiment n’a plus pour ainsi dire de forme distincte, il esl un état affectif pur. Cette disparition coïncide avec une raréfaction croissante des phénomènes moteurs. L’exagération progressive des inhibitions paraît pouvoir expliquer ces phénomènes. En tous cas, dans la stupeur, le sentiment existe à l’état pur, dissocié de la pensée.
1. Nous verrons plus loin qu’il y a une autre forme indifférenciée de sentiment opposable à celle-ci. Cf. chapitre iv, L'extase.