‹ Le sentiment et la penséeChapitre 16 sur 119 · L’HYPOCONDRIE · texte numérisé non relu

L’HYPOCONDRIE

Description de l'hypocondrie. — Troubles moteurs. — Troubles organiques. — TrôubJes conscients. — Envahissement progressif de la conscience par un défilé d’images internes. — L’hypocondrie révèle à la conscience la série incohérente des éléments de la connaissance du moi corporel.

Si nous distinguons aussi nettement l’hypocondrie de la mélancolie, c’est que ces deux maladies ont, comme nous l’avons dit, un aspect psychologique différent et, en un sens, opposé. L’hypocondrie doit être considérée par nous comme une psychose distincte, une forme particulière de dissociation morbide. Dans la mélancolie l’état affectif qui envahissait le sujet ne s’accompagnait pas d’une succession définie de perceptions ou représentations différentes, ces phénomènes étaient au contraire graduellement exclus de la conscience. Dans l’hypocondrie la conscience va être occupée, comme dans la manie, par des séries d’états de conscience distincts, mais ces états de conscience, au lieu d’être des sensations et des images élémentaires des sens de la vie de relation (vue, ouïe, etc.), seront ici fournis par l’organisme

1. Nous prions le lecteur de ne pas oublier le caractère provisoire de ce chapitre. C’est surtout un aperçu pouvant fournir matière à la discussion et à un essai de classification, avant tout psychologique, de certains états généraux d’une grande importance par les lumières qu’ils peuvent donner sur le fonctionnement normal de la conscience.

même du sujet, par son moi physique. Au lieu d’être les éléments de la connaissance du non-moi , ils seront les éléments de la connaissance du moi.

Lorsque nous avons dit que la conscience du maniaque était un défilé incohérent d’éléments de conscience, qui, groupés par les émotions (tendances1) constituent la pensée, nous n’avons entendu parler que de la pensée représentative qui a pour objet le monde extérieur, le non-moi. Mais cette décomposition de la pensée, qui coïncidait, comme nous l’avons vu, avec un trouble complet des fonctions musculaires proprement dites, laissait intactes les fonctions organiques et les sensations qu’elles comprennent.

Ces fonctions étaient respectées par la maladie ; elles continuaient de vivre à part, n’entrant dans la conscience qu’accidentellement pour associer momentanément les idées, et disparaître ensuite dans l’inconscient.

L’hypocondrie va nous montrer les sensations organiques ou internes prenant une importance telle qu’elles absorbent peu à peu toute la conscience au détriment des autres formes du sentiment et de la pensée.

Troubles moteurs. — La vie de relation n’est pas directement troublée, mais l’activité musculaire subit le contre-coup de la maladie, de la même façon que dans la mélancolie. La description des troubles moteurs est donc sensiblement la même.

Troubles organiques . — Ils sont multiples, fugitifs, essentiellement protéiformes et on peut très difficilement en donner une description précise. Ils ressortiront plus clairement par la suite. Nous pouvons rappeler ici ce qui a été dit plus haut au sujet des inhibitions. L’ignorance

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