Cf. Binet. Psychologie du Raisonnement
elle s’était montrée soupçonneuse, elle avait cru voir des menaces dans l’expression de visage et les gestes de ceux qui l’approchaient. C’était déjà un fait très voisin de l’illusion, une interprétation exagérée de faits en euxmêmes insignifiants. La transition s’est faite insensiblement et l’erreur est peu à peu devenue grossière ; un simple bruit, un chuchotement a été entendu comme une menace. Dès lors, autour du moindre événement se sont groupées les images et les interprétations inquiétantes. Ce sont d’abord des voix qui chuchotent : « Que disent-elles ? — Des menaces. — Quelles menaces ? — Je n’en sais rien, ce sont des menaces et voilà tout ». Peu à peu les menaces se précisent. Ce sont des injures de plus en plus nettes. Puis des reproches de plus en plus définis. Le sujet, ici, tire presque tout de son propre fonds. Un jour l’hallucination auditive apparaît. Il n’est même plus besoin d’un excitant extérieur, si minime soit-il. Ce passage de l’illusion à l'hallucination doit être expliqué : Il faut remarquer que l’illusion contient déjà tous les éléments de l’hallucination moins un : l’impression extérieure primitive. Les images accessoires groupées autour de cette impression extérieure ont déjà en effet le caractère hallucinatoire. Elles sont intenses et non réprimées par des « réducteurs antagonistes », c’està-dire pas d’autres perceptions véritables. Elles sont donc des excitations d’origine interne. (Nous avons vu 1 que c’est là ce qui distingue l'image de la sensation.) Supposons que cette excitation interne croisse encore et devienne égale ou supérieure à toute excitation d’origine externe ; l’image naît spontanément, comme il arrive à chaque instant dans la vie consciente normale, mais elle a de plus ici, à cause de l'intensité de l’excitation interne, le caractère hallucinatoire.