Chapitre i
la conscience au détriment de l’association des idées. Comme nous l’avons dit, ces deux formes de l’excitation, l’exaltation et l’optimisme, sont souvent réunies, mais, non mélangées, chez le même sujet. Cependant il semble que certains individus soient plutôt, par tempérament, sans doute, prédisposés à l’exaltation et que d’autres éprouvent plus fréquemment cet état de béatitude interne qui apparaît directement à la conscience, et qui se traduit, chez les sujets adultes, par un vocabulaire nouveau et vague, en même temps que se restreint le cours des représentations mentales qui, à des intervalles plus ou moins rapprochés, suivant l’intensité du trouble interne, s’interrompent pour faire place à la conscience directe de l’état affectif. Si nous employons ici le mot optimisme, c’est que le caractère essentiel de l’optimisme est affectif. Les représentations, au lieu d’amener avec elles leurs cortèges de restrictions*, ou de se prolonger par d’autres idées, s’évanouissent en un sentiment plus ou moins intense, mais toujours vague. C’est ainsi que s’explique ce qu’on est convenu d’appeler l’optimisme béat, pour lequel tout est matière à satisfaction, non pas que les justifications élaborées par la pensée du sujet soient véritablement satisfaisantes, mais parce que ce caractère leur est fourni à toutes, quelles qu’elles soient, par la satisfaction intime du sujet.
L'association des idées tend donc ici vers une nouvelle forme d’incohérence en ce sens qu’elles tendent à se raréfier et qu’au lieu de s’associer véritablement entre elles, ou de se formuler en une série continue, cohérente et qui transcrit l’ordre naturel des faits, elles sont séparées par des intervalles de sentiment qui s’exagèrent en même temps que l’état affectif s’accroît.
Il faut noter du reste que le champ de la pensée doit nécessairement se restreindre. Les représentations notoirement pénibles ne se présentent pas à la pensée, puisque
la peine qu’elles devraient évoquer ne peut exister en même temps que le bien-être qui est la forme consciente de l’état affectif. Le milieu est donc défavorable pour une très grande quantité d’associations d’idées. Celles qui se présentent à l’esprit ont généralement, en vertu de l’éducation individuelle, le caractère d’être des justifications bien appropriées, et l’état affectif trouve les représentations qui peuvent le justifier. Cependant il arrrive, ici comme dans l’extase, ou comme sous l’influence de certains agents dont nous avons parlé plus haut, l’opium ou la morphine par exemple, que les idéees ainsi associées n’aient pas, considérées en elles-mêmes et séparées de l’état affectif, le caractère satisfaisant que le sujet leur attribue. C’est ainsi que s’explique ce fait, que l’on soit souvent étonné de la disproportion entre le consentement affirmé par une personne, et la médiocre importance des causes qui justifient cet optimisme. Ici, comme toujours, plus l’état effectif sera intense et plus les représentations mentales seront vagues, mal associées et risqueront d’être mal appropriées. Toute idée, quelle qu’elle soit, devant prendre pour le sujet un caractère satisfaisant, indépendamment de sa valeur propre.
Si, par un mécanisme que M. Taine a décrit1, les représentations se localisent dans le passé ou dans l’avenir, c’est le passé ou l’avenir qui est plein de charme ou de promesses. Non qu’on en voie distinctement le détail, mais on en a le sentiment plus ou moins intense. C’est ainsi que s’expliquerait peut-être la vertu théologale de l’espérance. L'optimisme affectif, a encore un autre caractère qui révèle la nature de l’état qui en est la cause interne, et qui permet un nouveau rapprochement avec la psychose extatique : il est inactif. Nous avons vu que dès le début de l’extase l’activité du sujet tend à dimi-