TENDANCES ET COORDINATIONS MUSCULAIRES
Les émotions ou tendances. — Deux moments : 1° excitation diffuse; 2° adaptation. — Le « passage du sentiment à la conscience » fait essentiel de la vie mentale.
Éveil et satisfaction d'une émotion. — La faim et les associations d'idées correspondantes. — Les représentations mentales se succèdent dans l’ordre de succession des mouvements qui les accompagnent.
Apparition d'une émotion nouvelle. — Formation d’une nouvelle synthèse consciente.
Éveil et satisfaction d'une émotion en conflit avec une autre émotion ou avec un groupe d'émotions inconscientes. — L’amour et les associations d'idées correspondantes.
Conflit de deux émotions conscientes.
Les émotions de formation secondaire et les associations d'idces correspondantes.— Examen d'une œuvre oratoire.
Les émotions superficielles et les associations d'idées correspondantes.
II y a une émotion sous toute association d’idées cohérente.
Résumé du chapitre n.
Nous avons étudié jusqu’ici des altérations de l’ensemble de l’activité organique et motrice que nous avons réduites à deux formes principales : l’excitation et la dépression ; et nous avons examiné en même temps la face subjective et consciente de ces phénomènes moteurs et constaté dans le sentiment et dans la pensée des modifications corrélatives.
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Mais il ne s’est agi jusqu’ici que des modes très généraux de groupement des associations d’idées. Selon l’intensité et la nature de l’état affectif (excitation ou dépression), l’association normale et exactement adaptée dévie vers une incohérence de nature et de degrés différents.' Cependant l’association elle-même a une autre origine que l’excitation ou la dépression. Ces phénomènes très généraux altèrent l’activité et la pensée, mais ce ne sont pas eux qui en constituent les formes concrètes. Ils doivent nécessairement se dépenser suivant certains modes plus ou moins déterminés et variés selon le degré d’évolution spécifique ou individuelle.
Au cours de l’évolution se sont créées des formes de l’activité et de la pensée qui sont comme les lignes de direction de notre vie consciente et motrice. Ce sont les émotions ou tendances. Elles constituent les réactions fondamentales de l’individu sur son milieu. Elles correspondent aux actions principales de son milieu sur lui. Elles s’éveillent soit au début de l’existence, soit plus tard, et cherchent à se satisfaire par des séries de mouvements réels ou à l’état naissant, correspondant à des séries de phénomènes de conscience.
Ainsi considérée, la tendance se décompose donc en deux moments théoriquement bien distincts :
1° Un phénomène moteur purement interne (contraction organique, vasculaire, viscérale).
2° Une série de mouvements musculaires, proprement dits, par lesquels la tendance entre en contact avec le monde extérieur et s’y adapte pour se satisfaire.
Tant que la tendance n’a pas été canalisée en séries définies de mouvements musculaires, tant qu’elle n’a pas trouvé sa voie, tant qu’elle ne s’est pas adaptée, en un mot, elle reste à l’état diffus et vague et elle correspond à un phénomène de conscience (émotion) également diffus et vague. Au fur et à mesure qu’elle se pré-
cise en coordonnant des mouvements musculaires, elle correspond à des associations d’idées de plus en plus définies.
Pour Lien comprendre le mécanisme par lequel les tendances se sont peu à peu constituées, il faut avoir présente à l’esprit la théorie du réflexe.
On tend de plus en plus à admettre que le réflexe est le type non seulement de la vie consciente, mais aussi de la vie physiologique et inconsciente. Cela revient encore à dire que « partout où il y a vie il y a conscience ». Une excitation simple produit, théoriquement, un phénomène de conscience simple, puis un mouvement simple. Ce phénomène de conscience est une sensation ou une image élémentaire. Nous avons déjà insisté sur ce fait qu'envisagées en elles-mcmes et abstraction faite du point de départ des excitants qui les font naître, la sensation et l’image sont de nature identique et ont probablement le môme siège anatomique.
Quoi qu’il en soit, il reste acquis que, considérée dans son ensemble et réduite aux lois du réflexe, la vie consciente apparaît après l’excitation et avant le mouvement.
Ce phénomène tout subjectif, d’une nature spéciale, dont le siège est dans la cellule nerveuse et qui apparaît après l’excitation extérieure et avant la réaction appropriée, est d’abord conscient. C’est-à-dire que le sujet en a connaissance. Le plus souvent il devient inconscient, tout en conservant son caractère psychologique. La psychologie embryonnaire est trop peu avancée pour qu’on puisse affirmer qu’au fur et à mesure que se créent les diverses formes de l’activité organique, — car l’embryon n’a pas de vie de relation, — consistant toutes en des excitations suivies de mouvements de mieux en mieux coordonnés, apparaissent en même temps au sujet les phénomènes de conscience qui les accompagnent. Ce-
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pendant il doit en être ainsi. Cette conscience que Preyer appelle purement médullaire, qui est celle de l’enfant au moment de la naissance, ne comprend, cela va de soi, rien de ce que nous appelons couramment représentation ou image. Elle consiste en phénomènes plus ou moins vagues, et les sensations qui la constituent ne sont que des sensations organiques, et tout au plus, pour une très faible partie, tactiles et musculaires, les sens proprement dits n’ayant pas encore pu fournir leur appért. Peu à peu, au fur et à mesure que se constituent des coordinations de mouvements réels de plus en plus compliquées, la conscience émigre vers les centres supérieurs ; elle abandonne le domaine purement organique pour le domaine sensori-moteur.
A l’état normal, ces activités originairement conscientes vivent sans effort dans l’inconscient. Elles en émergent parfois accidentellement, comme nous l’avons vu à propos de l’hypocondrie ; mais ordinairement elles cèdent leur place dans la conscience à d’autres émotions nouvelles en voie d’organisation
Il en est de même de la plupart des mouvements proprement dits ou mouvements de la vie de relation. D’abord accompagnés de conscience, ils ont été peu à peu enregistrés par l’organisme et se développent maintenant automatiquement, la conscience s’employant à traduire pour le sujet des coordinations motrices d’un ordre supérieur.
On comprend maintenant qu’une tendance puisse être inconsciente. Le phénomène pyschologique (émotion) qui l’accompagne, n’étant pas aperçu par le sujet, est pour lui comme s’il n’existait pas. Cependant, bien qu’il soit ignoré, il existe et il peut se révéler.
Lorsqu’une tendance se satisfait immédiatement et sans résistance d’aucune sorte, le phénomène tout entier reste inconscient; mais si la tendance exige pour se
satisfaire une adaptation nouvelle, et si, d’autre part, cet effort d’adaptation est le principal de ceux qui se produisent dans le sujet à cet instant, la tendance revêt alors le caractère conscient, au sens usuel du mot.
La tendance est en ce cas connue du sujet comme émotion ; les mouvements à l’état naissant qui reproduisent les mouvements réels par lesquels elle cherche à se satisfaire sont connus sous forme d’associations d’idées. C’est là le mécanisme essentiel de ce que les Allemands ont appelé le « passage du sentiment à la conscience 1 », pt nous allons tâcher de le faire comprendre par des exemples interprétés.
Éveil et satisfaction d'une émotion unique. — ( La faim et les associations d'idées correspondantes .)
Un homme est occupé à des soins divers, des pensées variées se succèdent dans sa conscience. Tout à coup, il songe qu’il est assis devant une table servie et qu’il fait un repas. Cette série de représentations est accompagnée d’une émotion plus ou moins intense, mais d’un caractère particulier. Elle peut du reste être si faible qu’elle ne soit pas nettement sentie par le sujet. Cependant elle existe, comme on le verra plus loin. Dans le cas présent nous supposons qu’elle est assez forte pour constituer cette émotion sui generis qui est la faim.
Le fait pris dans un ensemble se résume ainsi : L’instinct de nutrition s’est éveillé et s’est immédiatement traduit dans la pensée par une série d’idées associées. Pour simplifier notre analyse, nous examinerons le cas où la -aim évoque des images purement visuelles, mais l’explication serait la même si le type sensoriel du sujet était autre (auditif, moteur, etc., ou mixte). La multitude