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Le mot conscience ayant ici le sens de « pensée

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de perceptions, d’images, de pensées de tout genre, en un mot, qui remplissaient successivement la conscience du sujet, s’interrompt pour faire place aune série d’images étroitement associées. C’est, si l’on veut, la vision d’une table servie et des mille détails qui constituent un repas. Cette série d’images associées reproduit la série de sensations qui accompagnent les actes par lesquels la faim se satisfait. Ces images ont leurs origines dans les expériences antérieures, et chaque fois que l’émotion de faim apparaît, elles sont, à part des différences de détail que nous pouvons éliminer, sensiblement les mêmes dans le même individu. Nous avons déjà noté chez une maniaque un fait analogue : une émotion organique avait, pendant un instant, rétabli l’ordre dans le désordre mental. Une série d’idées normalement associées s’était déroulée tout à coup, correspondant à l’émotion sousjacente et exprimant son adaptation.

Nous avions mis cette observation en réserve. C’est ici qu’elle doit avoir son explication. Elle nous montrait en effet avec une grande évidence un fait qui est constant à l’état normal, quoique bien plus difficilement saisissable. Dans l’individu adulte, il est impossible en effet de saisir sur le fait le « passage du sentiment à la conscience », mais en étudiant l’évolution individuelle, nous pouvons observer la formation lente et graduelle des associations d’idées au fur et à mesure que se précise et s’adapte la tendance. Pour bien nous faire comprendre, nous serons obligé de transcrire constamment les phénomènes de conscience en phénomènes moteurs, car, il faut le répéter encore, ce n’est que par l’étude des mouvements que pourront être éclaircies les lois véritables de l’association des idées.

Chez l’enfant nouveau-né, la faim est un état diffus et vague et qui n’est accompagné d’aucune série d’images visuelles. Le trouble organique constituant la tendance

aboutit, il est vrai, à une série de mouvements d’un caractère très net : la succion; mais cet acte est héréditaire. C’est la première coordination véritable de mouvements de la vie de relation que révèle l’être humain. Il faut qu’il en soit ainsi, puisqu’il s’agit d’une tendance essentielle qui doit être satisfaite pleinement et sans retard.

La tendance aboutit donc ici immédiatement à une coordination motrice. Cette série de mouvements s’accompagne évidemment d’une série de sensations, probablement inconscientes, la conscience s’employant ailleurs à mettre un commencement d’ordre dans les sensations visuelles, auditives et autres, qui affluent de toutes parts.

Au fur et à mesure que l’enfant grandit et qu’on en vient à lui présenter des aliments nouveaux, l’adaptation motrice doit se compliquer. A la succion se substitue peu à peu la mastication, qui est d’abord difficile et qui exige de nombreux efforts conscients avant de prendre le caractère automatique. Puis l’enfant apprend à saisir ses aliments et à les porter à sa bouche, puis à coordonner les mouvements de ses bras et de ses jambes pour se diriger vers les mets de plus en plus variés, de plus en plus éloignés, qu’il désire. Devenu grand, il est capable, selon le mot de II. Spencer, « d’étendre les correspondances » par des combinaisons motrices encore plus compliquées, dont la plupart formeront des tendances d’ordre varié et qui n’auront avec la nutrition qu’un rapport très indirect, mais dont le point de départ aura été l’excitation organique qui constitue la faim.

Nous n’avons jusqu’ici décrit que le côté moteur du phénomène en négligeant les éléments de conscience qu’il contient. Ces éléments de conscience d’abord diffus se sont différenciés, compliqués de représentations de tout ordre, dans la mesure exacte où se compliquaient

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les combinaisons motrices. Au fur et à mesure que se coordonnaient les séries de mouvements, s’associaient les séries de phénomènes de conscience.

La succion a été un instant sentie, puis au fur et à mesure que l’enfant devenait capable de différencier les impressions extérieures, les sensations nouvelles accompagnant les coordinations motrices nouvelles, après avoir été un instant conscientes, tombaient dans l’inconscient, s’enregistraient dans l’organisme, suivant l’expression de M. Ribot, pour faire place h d’autres, en même temps que les mouvements bien acquis prenaient le caractère automatique. Ces sensations d’abord musculaires et tactiles ont fait peu à peu place à d’autres sensations d’un caractère de plus en plus objectif : auditives et principalement visuelles, d’abord vagues, puis de mieux en mieux différenciées, en sorte fpi’il est arrivé un instant où, au besoin diffus de la première enfance, a succédé l’émotion nette, canalisée dans la pensée en une série très définie d’images visuelles associées *, intimement liées à la série de mouvements par lesquels la tendance a appris peu à peu à se satisfaire.

Ces images visuelles contiennent donc des éléments moteurs en ce sens qu’elles sont simultanées à un composé très complexe de mouvements à l’état naissant, exprimant les adaptations motrices les plus compliquées que le sujet doive produire pour satisfaire la tendance donnée.

C’est ainsi que s’explique ce fait que la pensée, chez la plupart des individus, soit surtout un composé d’images visuelles. La vue étant de tous nos sens celui qui nous met en contact avec les objets les plus éloignés, les représentations visuelles symbolisent ordinairement

1. Nous rappelons 'que nous avons supposé que le sujet appartient au type visuel. Les sensations gustatives surajoutées — dont nous n’avons pas parlé à dessein — ne changent pas le mécanisme essentiel du fait.

les correspondances les plus lointaines, c’est-à-dire les adaptations motrices les plus complexes, et elles ont plus de chances que les autres représentations d’occuper souvent la conscience, puisque la vie tend toujours à s’étendre en s’adaptant. Lors donc que l’émotion de faim s’éveillera dans l’individu adulte, il se produira en meme temps des séries d’images visuelles qui symboliseront le terme ultime auquel aura abouti la systématisation des mouvements d’adaptation graduellement créée par des essais répétés.

C’est ainsi que s’explique ce fait, déjà signalé par M. Pierre Janet, qu’une image visuelle puisse produire des mouvements. Le fait n’est pas plus étrange que s’il s’agissait d'un autre ordre de représentations sensorielles, il est seulement plus dissimulé. Il paraîtra évident si l’on comprend bien que ce n’est pas l’image qui contient et produit des mouvements, mais que ce sont les éléments moteurs, ou mouvements à l’état naissant (qui constituent l’autre face du phénomène), qui peuvent, en certains cas, se continuer par des mouvements musculaires réels de la vie de relation.

Nous montrerons plus loin, avec plus de détails, que l’image visuelle contient des éléments moteurs; mais nous pouvons dès maintenant remarquer que ces éléments moteurs sont évidents dans la sensation et la perception. Ils consistent en de délicates contractions des différents nerfs de l’œil, en réflexes pupillaires et autres; ils sont également contenus dans l’image, ou, pour mieux dire, ils l’accompagnent également, et ce sont ces mouvements très légers qui s’associent avec les mouvements des bras, des jambes, du corps tout entier, par lesquels l’être réagit à l’impression visuelle. Plus l’impression est différenciée, plus la réaction est compliquée et définie. Une^sensation simple, comme le fait remarquer M. Féré1,

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