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Broussais. De l'irritation et de la folie

INTRODUCTION

que nous avons pu saisir une première corrélation entre la pensée dans son ensemble et le sentiment sous sa forme la plus générale et la plus vague d’état affectif; la pensée devenant toujours incohérente lorsque le sentiment est en excès ou en défaut.

Ces faits révèlent donc une relation entre le sentiment et la pensée, mais ils ne prouvent pas que le trouble sentimental soit réellement la cause première du trouble intellectuel. Le délire chronique h évolution systématique si bien étudié par M. Magnan, en présentant une succession définie et constante de troubles affectifs s’accompagnant toujours de troubles définis et correspondants de l’association des idées, nous donnera la certitude que c’est bien dans les perturbations de la vie sentimentale qu’il faut chercher la cause profonde et dissimulée de certains grands troubles de l’intelligence.

11 restait ensuite à chercher dans l’individu sain, l’application des indications générales que la folie peut donner. C’était le but réel de l’étude qu’on se proposait ici, les investigations dans la pathologie mentale n’ayant d’intérêt pour le psychologue, dégagé de toute préoccupation thérapeutique, que par les suggestions qu’elles peuvent fournir sur le fonctionnement normal de la vie consciente. Nous avons donc

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du chercher à constater tout d’abord s’il n’existe pas en chacun de nous des troubles comparables aux psychoses simples, et si, chez l’individu normal, l’association des idées ne se développe pas sur un fond perpétuellement mouvant et troublé. On verra si nous avons réussi à rendre évident que notre existence affective est soumise à un rythme qui exerce constamment son influence sur notre pensée, en sorte que les moindres variations de niveau de l’énergie totale s’accompagnent de déviations plus ou moins' légères de l’association des idées vers une incohérence de telle ou telle nature, suivant les cas. C’est là la forme la plus générale des rapports du sentiment et de la pensée.

Après avoir étudié l’état affectif, forme indifférenciée de la vie sentimentale, il fallait étudier les formes concrètes du sentiment telles que l’évolution les a créées et déterminer en même temps les rapports qui pouvaient exister entre telle ou telle forme déterminée du sentiment et telle ou telle systématisation particulière des éléments intellectuels. C’est surtout à ce propos que nous avons dû faire appel aux recherches récentes sur les mouvements. Parlant de cette idée que tous les phénomènes de conscience doivent s’accompagner de phénomènes moteurs, et réciproquement, nous avons dû chercher à retrouver simultanément, d’une part, le travail par lequel une excitation d’un caractère organique précis se canalise peu à peu

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en séries coordonnées de mouvements musculaires ; d’autre part, le travail par lequel un sentiment particulier donne naissance à la série de représentations déterminées qui l'expriment et le traduisent dans la pensée, chacun de ces deux ordres de faits étant la transcription directe et immédiate de l’autre et l’association d’idées définies devant correspondre à une association de mouvements définis comme le sentiment vague correspond à une excitation motrice diffuse. C’est pour rendre plus évident ce fait peu apparent, que tout phénomène de conscience quel qu’il soit, correspond à un phénomène moteur, que nous avons dû nous attacher à rechercher dans les plus minimes phénomènes sensoriels, dans les représentations les plus élémentaires, l’existence de mouvements musculaires correspondants. Partout et toujours en vérifiant cette coexistence des phénomènes moteurs et des phénomènes de conscience, nous avons pu trouver des faits propres à nous confirmer dans cette idée que la vie du corps et celle de l’âme ont des lois analogues et correspondantes. On verra, chemin faisant, les conclusions qui peuvent en découler relativement aux rapports du sentiment et de la pensée.

S’il fallait indiquer ici en quelques mots le sens général de l’étude qui va suivre, nous dirions que si, dans l’espèce, c’est la pensée qui crée le sentiment, puisque ce sont les excitations extérieures lentement enregistrées dans l’organisme qui constituent peu à

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peu les tendances ou émotions, dans l’individu au contraire, c’est le sentiment qui crée la pensée, puisque ce n’est qu’en obéissant aux tendances héréditaires que la pensée peut naître et se constituer. Cette affirmation est, du reste, approximative et susceptible, comme on le verra, de certaines restrictions.

Telle est ridée d’ensemble qui peut peut-être se dégager de l’étude qu’on va lire. Si l’on juge que nos conclusions y soient insuffisamment préparées, on trouvera peut-être, parmi les faits qui ont été rassemblés ici, quelques éléments propres à faciliter la solution du problème1.

1. L’insuffisance et l’instabilité du vocabulaire psychologique nous obligent à préciser le sens de certains termes. Les mots : sensibilité, passion, inclination, dont le sens est vague, seront rejetés. Le mot sentiment désignera l’ensemble des phénomènes de la vie affective par opposition au mot pensée , qui désigne l'ensemble des phénomènes de la vie représentative. Ces deux termes garderont leur signification générique. Pour indiquer le sentiment sous sa forme indifférenciée, on emploiera le terme à' état affectif , correspondant dans l’ordre moteur aux phénomènes d’excitation ou de dépression. — Les formes concrètes et définies du sentiment ne sauraient être mieux désignées que sous le nom d 'émotions, correspondant dans l’ordre moteur aux tendances; les phénomènes mal définis que quelques auteurs désignent encore sous le nom d’émotions paraissant être mieux indiqués par le mot « impressions ».

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