‹ Le sentiment et la penséeChapitre 40 sur 119 · Fouillée. Psychologie des Idées-forces · texte numérisé non relu

Fouillée. Psychologie des Idées-forces

LES ÉMOTIONS ET LES ASSOCIATIONS D’iDÉES

Parmi ces coordinations motrices sous-jacentes aux formes supérieures de la vie consciente, il en est dont le caractère moteur est particulièrement évident, ce sont : les gestes, la parole et même l’écriture. Là en effet on peut saisir sur le fait le concomitant physiologique du fait de conscience.

Cette question est une des plus délicates et les moins étudiées de la psychologie expérimentale. Plus l’on s’élève dans l’étude des phénomènes intellectuels, c’est-à-dire plus l’on s’écarte des émotions et des tendances profondes, plus les phénomènes moteurs deviennent difficiles à saisir dans leur totalité; de plus, ces phénomènes moteurs, en devenant des phénomènes simplement musculaires (muscles de la vie de relation) vont jusqu’à perdre complètement leur caractère d’émotions conscientes. Peutêtre cependant, tout en notant ce dernier tait, faut-il conserver, au moins provisoirement et jusqu’à ce qu’on ait trouvé une dénomination meilleure, le non d’émotion superficielle à la face semi-consciente ou inconsciente du phénomène moteur sous-jacent à ces associations d’idées d’ordre purement intellectuel. Ce terme exprimant alors le rapport du tout à la partie. Il faut en tout cas remarquer ici encore une fois, que les associations d’idées ne se produisent que parce qu’elles font partie d’un tout qui, bien que n’ayant pas comme les états effectifs ou les émotions profondes ou secondaires un caractère émotif et une existence propre, existe cependant et peut être reconnu si on le rapproche des phénomènes moteurs qui raccompagnent

A vrai dire, il nous aurait fallu tenir compte dans ce chapitre de l’état affectif du sujet qui le plus souvent modifie le phénomène. Les émotions perdent alors leur caractère défini et les associations d’idées tendent plus ou moins vers une des formes d’incohérence que nous avons étudiées. Si nous avons négligé ici l’intervention

de cet élément perturbateur, c’est afin de donner à notre exposition la plus grande simplicité possible. En réalité l’émotion se trouve presque toujours plus ou moins altérée par l’état affectif du sujet; c’est en ce sens que l’on peut dire que la pensée est troublée par l’état affectif. Dans les autres cas, il n’y a pas, à proprement parler de trouble, il y a simple systématisation, l’émotion sousjacente pouvant être considérée comme normale. Au contraire, l’état affectif intervenant, elle devient plus ou moins excessive ou insuffisante, et l’association des idées reflète ce trouble variable1. En tenant compte de l’état affectif on possède tous les éléments nécessaires à l’explication du « passage du sentiment à la conscience », ou mieux, des rapports du sentiment et de la pensée.

(1) C’est là précisément la question que les théologiens ont résolue par la présence ou l’absence de la Grâce. La plupart de ces problèmes des rapports du sentiment et de la pensée sont posés depuis des siècles. Le pélagianisme et le semi-pélagianisme, et jusqu’à un certain point le jansénisme et le molinisme, ne sont pas autre chose que des solutions diverses des difficultés qui nous ont occupés ici. L’histoire de l’influence de l’état affectif sur l’association des idées est intimement liée à celle du dogme de la Grâce. De même il semble que la question de la liberté ne puisse être complètement résolue que lorsqu’on l’aura de nouveau élargie jusqu’à y faire rentrer cette ancienne vue de la Grâce. Le problème a pour ainsi dire été, jusqu’ici, divisé, les théologiens ont accaparé cette intervention de l’état affectif que les philosophes ont trop négligée. — La solution du catéchisme, « nous ne pouvons observer les commandements et éviter le péché qu’avec la Grâce de Dieu », contient une profonde vérité psychologique et n’est pas si éloignée qu’il paraît de certaines vues spenceriennes.

Page 1