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ET LES SENSATIONS ET IMAGES ÉLÉMENTAIRES

Lien sous-jacent des sensations et des images élémentaires. — Les associations de mouvements musculaires sensoriels. Sensations et les images visuelles. — Sensations et images auditives. — Sensations et images gustatives. — Sensations et images olfactives. — Sensations et images thermiques. — Sensations et images tactiles. — Sensations et images musculaires.

Le phénomène de conscience est défini et cohérent dans la mesure où l’association des phénomènes moteurs est définie et cohérente. Le réflexe; théories de Spencer et de Wundt.

Nous avons jusqu’ici étudié des associations d' idées en donnant à cette expression sa signification courante et qu’il n’était pas encore besoin de préciser davantage. Une association d’idées était pour nous une série de phénomènes de conscience qui avaient ce caractère de former un tout défini et cohérent. Ces phénomènes de conscience pouvaient être visuels, auditifs ou autres. Ils étaient unis entre eux par un lien sous-jacent plus ou moins profond selon qu’ils correspondaient à une tendance plus ou moins forte. C’était cette tendance, quelquefois directement consciente sous forme d’émotion, qui organisait la perception extérieure en choisissant dans le chaos des choses une série d’impressions extérieures et en y associant des images. C’était elle qui formait de même la reproduction de cette perception, en l’absence de tout excitant d’origine externe, en réunissant en une

synthèse les images de tout genre. Ces images, nous Favons vu, étaient essentiellement dissociables; elles pouvaient faire partie de synthèses mentales différentes en tant que les éléments moteurs qui y étaient joints pouvaient être utilisés dans les synthèses motrices constituant l’autre aspect du phénomène.

Nous avons, autant que nous l’avons pu, fait comprendre l’importance de ces phénomènes moteurs auxquels correspondent toujours les phénomènes de conscience. Mais il nous reste maintenant à entrer plus avant dans l’examen de ces phénomènes moteurs et surtout des mouvements à l’état naissant dont nous avons souvent parlé au cours de notre exposé. C’est par l’examen de la sensation simple et le l’image élémentaire ou reproduction de cette sensation qu’on peut les découvrir. A vrai dire cette recherche sera forcément incomplète. L’étude des mouvements dans leurs rapports avec la conscience est peu avancée ; mais les faits que nous allons rapporter ici, s’ils ne sont pas aussi nombreux qu’ils pourront l’être un jour, lorsque la physiologie fournira tous les renseignements nécessaires, sont cependant très probants et ils permettent de formuler quelques conclusions particulières en accord avec la constatation que nous avons constamment trouvée jusqu’ici de l’intime et constant parallélisme des phénomènes de conscience et des phénomènes moteurs. Cependant, avant d’entrer dans le détail, il est bon de constater comment cette enquête dans le domaine de la sensation simple et du mouvement élémentaire, bien qu’éloignée en apparence de notre sujet s’y rapporte cependant et en fait partie au même titre que l’étude des états affectifs, des émotions, et des phénomènes physiologiques qui y correspondent.

Parmi les faits que nous avons cherché jusqu’ici à mettre en lumière, on a pu remarquer que celui *sur

lequel nous avons le plus insisté, soit explicitement, soit implicitement, est celui de « l’unité de composition de l’esprit ». Qu’il se soit agi d’états affectifs d’émotions, de représentations ou de perceptions, nous avons constamment cherché à vérifier que la donnée ultime, fondamentale de la conscience, c’est la sensation doublée de mouvement. Ces sensations étaient multiples, volumineuses, indifférenciées, dans l’état affectif, et elles se doublaient là de phénomènes moteurs d’ordre organique diffus et mal coordonnés ; elles prenaient dans l’émotion un caractère déjà plus net, elles avaient une tonalité propre, elles formaient un ensemble et elles correspondaient à des phénomènes moteurs coordonnés et adaptés; au fur et à mesure que l’émotion devenait plus superficielle ces caractères devenaient plus évidents.

Le parallélisme entre le développement moteur et le développement conscient ne pouvait être complètement établi que lorsque l’on aurait étudié la corrélation psychomotrice dans ses formes les plus simples, les plus rapprochées du réflexe. De là nécessité d’isoler et de retrouver le réflexe primitif dans celles des formes de la vie consciente où il se laisse le mieux saisir, et [surtout dans les sensations élémentaires de la vie de relation, qui seules sont coordonnées entre elles en des touts nettement conscients. En somme, l’étude du mouvement musculaire déterminé qui accompagne telle sensation précise de l’œil ou de l’oreille est de même nature que celle des phénomènes de la vie végétative qui accompagnent tel ou tel état affectif, toute manifestation étant sensori-motrice.

Ici encore, il apparaîtra une fois de plus que la sensation, n’est pas capable d’expliquer à elle seule la conscience si l’on n’y joint l’étude des mouvements. Cette investigation dans le domaine de la physiologie peut seule faire comprendre les affinités et les groupements qui unissent les phénomènes de conscience élémentaires. Il

est important de savoir que telle sensation simple s’accompagne de tel mouvement simple, parce que c’est seulement en reconnaissant le mode de groupement de ces mouvements simples que nous pouvons retrouver le grand fait de l’adaptation qui est la loi de la vie consciente, comme il est la loi de la vie corporelle.

Les éléments de conscience simples, ou sensations, s'associent en des ensembles concrets, ou perceptions; la perception, considérée comme un tout, joue à l’égard des éléments de conscience le même rôle que l’on a vu tout à l’heure jouer à l’émotion par rapport aux idées associées. Ce fait ne peut se comprendre que si l’on considère toujours que la perception correspond à un ensemble de mouvements réunis en un système et adaptés à un but défini . Si l’on néglige d’envisager le côté moteur du phénomène, la liaison des éléments de conscience ne se comprend plus. Il nous était donc nécessaire ici : t° d’examiner les phénomènes moteurs élémentaires que nous supposions a 'priori joints aux phénomènes de conscience élémentaires; 2° de considérer, d’une part, le rapport de ces mouvements élémentaires à l’ensemble moteur considéré comme un tout adapté, et d'autre part, le rapport de ces phénomènes de conscience élémentaires ou sensations , aux phénomènes de conscience considérés comme un tout concret, ou perceptions; c’est donc ainsi que fait nécessairement partie de notre sujet l’énumération sèche et forcément incomplète qni va suivre.

Nous allons donc examiner successivement les différents ordres de sensations et d’images. Nous verrons que les différents éléments qui constituent un de ces phénomènes de conscience, considérés comme un tout, ont un support moteur de même nature qu’une série de phénomènes de conscience plus complexes, constituant ce qu’on est convenu d’appeler une association d’idées. Nous aurons donc poussé aussi loin que possible l’étude de la

corrélation du mouvement et de la pensée si nous montrons qu’un phémonène de conscience élémentaire s’accompagne d’un phénomène moteur élémentaire, et que ces phénomènes moteurs élémentaires s’agrègent en un tout pour constituer une sensation ou image, comme les phénomènes moteurs se synthétisent pour former une réaction motrice ou synthèse définie.

Les mouvements dans les sensations et dans les images visuelles *.

Sensations visuelles. — L’œil peut être considéré comme une sphère mise en mouvement par six muscles : quatre droits et deux obliques. Tout les mouvements de l’œil sont compris par la loi de Listing qui se formule ainsi : « Tout mouvement de l’œil s’accomplit dans le sens du plus faible effort ou de l’orientation constante. » Le rôle du mouvement de l’œil dans la vision est évident lorsqu’il s’agit d’objets de dimensions considérables. Lorsque l’objet est minime il est rendu évident par une expérience très simple 2 : si l’on trace deux lignes, l’une verticale et l’autre horizontale, en mettant tous ses soins à les rendre égales, on peut être certain que la ligne verticale sera la plus courte. L’erreur serait plus grande encore si la ligne verticale était ponctuée. On peut le constater avec un compas. Cette disproportion entre les lignes horizontales et verticales vient du jeu des muscles ; M. Delbœuf a expliqué que le mouvement horizontal

1. Nous n’employons pas ici le mot de perception puisque la perception est composée de sensations et d’images. Mais nous remarquerons que le mot de sensation s’applique ici non pas seulement à une impression extérieure unique , mais à une série d’impressions extérieures constituant le support objectif de la perception, les impressions extérieures étant elles-mêmes, en tant quelles se suivent dans un ordre défini, en corrélation avec une série de phénomènes moteurs définis.

2. Wundt. Psychologie physiologique , t. J. — Féré. Sensation et mouvement. — Ribot. Cours (inédit) sur les mouvements (1889), auquel nous empruntons une partie des renseignements contenus dans ce chapitre.

exige moins d’effort que le mouvement vertical \ De là vient que lorsque l’œil produit dans les deux sens un effort égal les résultats produits sont inégaux. Dans le cas de la ligne ponctuée, l’effort à déployer est encore plus considérable à cause de l’arrêt de l’œil et de sa mise en mouvement nouvelle sur chaque point de la ligne; la disproportion est par là même plus évidente.

Les erreurs optico-géomé triques pourraient nous fournir d’autres exemples du même genre. Toute mensuration, quelle qu’elle soit, ne s’opérant que par un effort (dans le cas présent cet effort se limite aux seuls muscles du globe oculaire) et des mesures en réalité identiques exigeant souvent, en fait, des efforts inégaux, il arrive alors que ces mesures sont perçues comme inégales. De là de multiples erreurs. Les architectes avaient, dès l’antiquité, reconnu ce fait. Dans certaines lignes monumentales, certaines proportions qui paraissent singulières lorqu’elles sont exprimées en chiffres, ne s’expliquent que parce qu’elles ont pour but de donner satisfaction aux muscles de l’œil en n’exigeant d’eux que des efforts harmonieux et proportionnés à leur inégale puissance. Ainsi s’expriment, se transcrivent dans le monde objectif, réorganisé par l’homme, les détails les plus minimes de son organisation physiologique. Ces exemples suffisent à nous montrer le rôle des muscles de l’œil en présence des formes, des dimensions, des longueurs 2.

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