Delbœuf. Psychophysique
2. On dit que Michel-Ange, lorsqu’il voulut dessiner le plan de Saint- Pierre de Rome, chercha, par des tâtonnements et sans le secours du calcul, la courbe de la coupole, voulant avant tout que les proportions en fussent belles pour les yeux. Or, ou a reconnu depuis que cette courbe, qu’il avait trouvée ainsi, est précisément celle que le calcul détermine comme offrant le maximum de résistance. Les intimes exigences des muscles (au moins dans ce cas) correspondent donc exactement à certaines grandes lois naturelles et mathématiques. Nous ne voyons guère que la théorie de l’adaptation qui puisse expliquer ce petit fait si curieux et si intéressant en suggestions.
C’est cette même mobilité de l’œil qui rend possible la formation de l’image rétinienne.
Dans la rétine, la vision directe ne se produit que sur un seul point très réduit, la tache jaune; tout ce qui ne tombe pas sur ce point constitue la vision indirecte. Cette vision indirecte est du reste, comme l’a démontré Wundt, indispensable pour la perception distincte. Le passage de l’une à l’autre vision se fait par des mouvements. Lorsque nous voyons un objet, nous dirigeons successivement la tache jaune sur tous ses éléments, en sorte que chacun appartient successivement à la vision directe et à la vision indirecte. C’est donc grâce à une série très rapide de mouvements que nous voyons l’objet dans son ensemble et non comme une série de sensations visuelles successives.
Ce sont également des mouvements, dits d’accommodation, qui, combinés avec les précédents, nous permettent de reconnaître la troisième dimension h
On sait que l’accommodation consiste en une augmentation ou en une diminution variable de la courbure du cristallin. Le cristallin est une lentille formée de couches superposées dont les indices de réfraction vont, en croissant, des parties superficielles aux parties profondes. Les changements de courbure du cristallin, dus à l’action du muscle tenseur de la choroïde, en modifiant cette réfraction, permettent donc de concentrer sur la rétine les rayons émanés d’objets plus ou moins éloignés.
Nous n’avons étudié jusqu’ici que la forme, sans tenir compte de la couleur. Si maintenant nous faisons abstraction de la forme, nous remarquerons que la couleur parait surtout agir comme agent dynamogène. M. Féré a
1. La différence des deux images rétiniennes (angle visuel), qui contribue également à rendre possible cette perception de la troisième dimension résulte de la conformation même de l’appareil optique et n’implique pas de mouvements.
montré 1 qu’une sensation colorée simple agit selon sa nature, comme excitant ou déprimant, en provoquant soit un déploiement actif de l’énergie, soit des inhibitions. Cela est aussi un phénomène moteur.. Cette dynamogénie correspondant à toute excitation extérieure quelle qu’elle soit, et qui est très évidente dans le cas d’une excitation colorée simple, est au contraire très dissimulée dans les sensations qui correspondent à la forme et à la dimension, la réaction motrice étant, en ce cas, très localisée.
La vision très différenciée de l’individu adulte rend difficile la distinction des mouvements produits par la couleur de ceux qui correspondent à la forme. Ces mouvements sont combinés et, pour ainsi dire, amalgamés par l’individu au cours de son éducation sensorielle; mais il n’y a qu’à regarder l’agitation d’un petit enfant à qui l’on montre un morceau de chiffon de couleur vive pour comprendre la force dynamogénique des couleurs. Ce n’est que peu à peu, en même temps que les sensations se précisent, qu’une partie de cette dynamogénie est canalisée en une réaction musculaire définie. L’augmentation d’énergie totale qui la constitue continue cependant, lorsque la sensation est vive, à être consciente au sujet sous forme de plaisir, et sous forme de malaise lorsqu’il s’agit d'une couleur déprimante; elle correspond alors à un dégagement d’inhibitions.
Nous devons négliger ici cette dynamogénie ou cette dépression générale qui accompagne toutes les sensations et qui est surtout évidente dans les sensations colorées, pour n’examiner que les réactions locales et définies produites par l’appareil sensoriel lui-même; or la couleur a cette propriété de provoquer immédiatement une contraction ou une dilatation de la pupille variable selon la