Physiologie du raisonnement
se déplace pour suivre les contours de l’objet idéal, et qu’il abandonne le point. Les muscles dirigent donc l’œil le long des contours d’un objet qui n’existe que dans notre esprit.
Les mouvements du cristallin dans la formation des images visuelles sont de même évidents lorsque nous regardons un point à proximité de l’œil, une mouche sur une vitre, par exemple, et que nous voulons aussitôt imaginer un objet idéal, un oiseau, un nuage, situé à une distance plus considérable. Nous sentons en ce cas un effet qui peut devenir fatigant et même douloureux si l’expérience est répétée plusieurs fois de suite. L’existence du mouvement pupillaire est moins facile à constater chez les individus sains, mais M. Féré en affirme l’existence dans les hallucinations visuelles provoquées chez des hystériques. Nous sommes donc en droit de les affirmer dans l’état normal, en ne voyant là qu’une différence de degré, mais non de nature.
Ce sont ces mouvements joints à la sensation et à rimage, et dont nous avons avons constaté les principaux, qui se combinent par des expériences répétées avec les mouvements de la vie de relation et qui permettent à l’individu de fournir une réaction appropriée à l’objet perçu ou imaginé. Les petites contractions des muscles d'un joueur de billard, par exemple, se coordonnent peu à peu^avec des mouvements très délicats du corps et des membres, en sorte que le mouvement produit par le joueur n’est que la continuation de très légers mouvements’de ses yeux. Il en est de même si l’objet, au lieu d’être réel, est imaginaire. Ces coordinations motrices peuvent être suivies dans tous les détails de leur organisation graduelle si, au lieu de considérer l’individu adulte, comme on le fait généralement et à tort, on veut prendre la peine^ d’étudier l’évolution individuelle et spécifique.
La sensation et les images visuelles s’accompagnent donc de mouvements ; ces mouvements, lorsqu’ils ne sont pas réprimés par inhibition ayant le caractère de se continuer par des mouvements de la vie de relation, lorsque l’individu a établi par des expériences répétées une correspondance entre les uns et les autres. C’est ainsi que s’explique la célèbre expérience de Chevreul dont nous avons déjà parlé 1 et qui contient en germe tout le présent chapitre. C’est également en ce sens que chez les hystériques, en qui les inhibitions perdent en totalité ou en partie leur pouvoir, la représentation d’un objet entraîne les différentes réactions que le sujet produirait en présence de cet objet réel ; c’est enfin en vertu du meme principe que M. W. James a formulé ses aperçus sur la volonté 2, l’acte devant fatalement se produire à l’instant meme où une représentation occupe seule la conscience, toute représentation contradictoire ou mieux inhibitrice, ayant disparu.
Pour nous en tenir à la seule vision, nous voyons déjà que les mouvements qui l’accompagnent doivent tendre à s’associer en séries définies et que les éléments de conscience doivent par là même s’associer en séries correspondantes.
Il s’en suit naturellement que la série des sensations élémentaires constituant l’apport objectif d’une perception définie ou la série des images élémentaires constituant une image définie doit être cohérente dans la mesure même oit sont cohérents les mouvemen ts qui accompagnent ces sensations oit ces images élémentaires .