Wundt et Ribot. Loc. cit
elles. Elles sont le plus souvent associées à des images olfactives, tactiles, et surtout visuelles. En ce cas, l’association des éléments moteurs joints à ces différents phénomènes de conscience se fait comme nous l’avons indiqué à propos des sensations et des images des autres sens. En tant que ces phénomènes moteurs à siège différent s’associent pour produire une réaction appropriée et définie l’association des images est cohérente.
Le mouvement dans les sensations et dans les images thermiques .
Nous parlons ici du sens thermique afin de ne négliger aucun des ordres de sensations définies et localisées actuellement reconnus. Les sensations thermiques sont celles qui sont produites par les différents degrés de froid ou de chaleur1. On admet qu’elles sonl recueillies par le réseau de Malpighi dans la couche profonde du derme 2.
Sensations thermiques. — La sensation thermique, comme toute autre, s’accompagne d’un mouvement local et d’une réaction générale variable en raison de l'intensité de l'impression. La réaction locale est peutêtre le mouvement de contact plus ou moins prolongé ou de retrait plus ou moins brusque de la partie du corps exposé à la sensation. Au reste, ce n’est pas là une réaction locale proprement dite, car elle implique le concours de mouvements musculaires non spécialisés en
1. Les travaux les plus récents sur ces sensations, étudiées d’abord par Herzen, sont dus à Goldscheider et Donaldson.
2. Nous négligeons ici les sensations thermiques internes produites chez certains sujets, et notamment chez les hypocondriaques, par l’ingestion des aliments froids et chauds. Ces sensations doivent être rangées parmi les phénomènes de sensibilité interne que nous n’avons pas à étudier ici.
vue de cette fin particulière. La véritable réaction locale serait peut-être l’ensemble des mouvements vasculaires et autres qui accompagnent toute impression de froid ou de chaleur. La réaction générale est au contraire très évidente. Elle consiste en mouvements plus ou moins brusques, et en frissons pour les impressions de froid. Au reste, la réaction est aussi vague que la sensation. Les sensations thermiques localisées sont en effet fort rares dans la vie courante. Certaines cependant sont assez nettes : le froid aux pieds ou aux mains, par exemple, ou certaines sensations de chaleur vive. En ce cas, le mouvement se produit immédiatement, avec un caractère très net de spécialisation.
Images thermiques. — Elles sont assez rares. L’idée d’un froid violent provoque cependant de légers frissons, de même l’idée d’une brûlure à un membre amène une contraction de ce membre. Les sensations thermiques ayant encore été fort peu étudiées, nous ne pouvons qu’y constater sommairement leur liaison constante avec des mouvements.
Le mouvement dans les sensations et dans les images tactiles l.
Sensations tactiles . — Il faut distinguer le toucher passif et le toucher actif.
Le toucher passif c’est le simple contact. La réaction qu’il produit est immédiate; cette réaction est un des faits essentiels de l’évolution sensorielle, tous les sens étant des différenciations du toucher. Elle est évidente dans le protoplasma dont la masse se contracte au moindre choc. Le mouvement est alors diffus et il ne se^
1. Ch. Bell. Anatomie de lamain. — Landry. Traité des Paralysies. — Wundt. hoc. cit.
spécialise que peu à peu, l’organisme apprenant à réagir par des mouvements de plus en plus coordonnés à des impressions tactiles de plus en plus différenciées. C’est là un fait fondamental et qui régit non seulement l’évolution du toucher, mais toute l’évolution sensorielle.
Le toucher actif est celui qui s’accompagne de mouvements définis destinés à prolonger et à diversifier le contact. Ces mouvements sont d’autant plus délicats que la partie du corps est plus sensible aux impressions tactiles. Cette sensibilité est en effet très variable. Tandis que l’extrémité de la langue, qui est d’une extrême mobilité, perçoit comme différentes deux sensations tactiles éloignées de 1/2 millimètre et que la partie palmaire des doigts perçoit un écart de 2 millimètres, les muscles du dos et de la main ne différencient guère que des sensations distantes de 18 millimètres environ. La finesse de discernement tactile augmenterait, d’après Vierordt, à mesure que l’on l’éloigne de l’axe du corps.
Images tactiles. — Si nous voyons quelqu’un s’approcher de nous avec une épingle dans l’intention de nous piquer, nous nous écartons. Le mouvement de retrait qui accompagnait la sensation réelle accompagne donc également l'image.
Bien des personnes en se représentant une série de sensations tactiles esquissent les mouvements qui accompagneraient la sensation réelle. Une personne de notre connaissance, très sensible aux impressions du toucher, les raconte volontiers avec un geste continuel des doigts pour palper l’objet imaginaire. On connaît aussi la mobilité des doigts et surtout du pouce des sculpteurs.
Cette union du mouvement et des images tactiles, qui est souvent peu évidente chez l’individu normal, en qui les phénomènes moteurs réels, la plupart du temps réprimés par inhibition, sont souvent à peine indiqués et
même imperceptibles, est, au contraire, évidente chez l’hystérique dans la conscience duquel on a fait artificiellement le vide. L’image tactile suggérée y existe alors seule et les mouvements à Tétât naissant deviennent des mouvements réels.
Si l’on suggère à un sujet hypnotisé qu’il touche un objet dont on lui décrit les contours, il promène sa main sur ces contours imaginaires. Les mouvements exécutés ont alors un caractère très net de cohérence, lorsque l’objet est bien défini. Ici on constate mieux que partout ailleurs que les mouvements et les sensations qui les accompagnent se succèdent dans un ordre correspondant.
Le mouvement dans les sensations et dans les images musculaires T
Sensations musculaires . — Il faut bien distinguer ici le phénomène de conscience du phénomène moteur. Le phénomène de conscience est la sensation sui generis qui accompagne le mouvement d’un muscle.
Elle doit être isolée des sensations tactiles et même organiques (fatigue) auxquelles elle se mélange presque toujours. Certaines maladies, en abolissant les sensations tactiles et en laissant subsister les sensations musculaires montrent bien l’existence réelle et propre du sens musculaire. — M. Beaunis a montré d’autre part dès 1887 par ses expériences sur les cordes vocales que les muscles ont leur sensibilité et que la notion de leur degré de contraction constitue essentiellement la sensation musculaire. Les expériences de MM. François Franck et Golzi ont démontré également l’expérience de filets sensitifs
1. Ch. Bell. Loc. cit. — Beaunis. Les sensations internes. — Mach. Esquisse d'une théorie des mouvements. — Tamburini. Mémoire sur les hallucinations motrices. — Ribot. Cours cité.
dans les muscles. Il est donc inutile d’insister sur ce fait que les sensations musculaires sont toujours jointes à des mouvements.
Images musculaires . — Le sens musculaire a-t-il des images proprement dites ? En d’autres termes, le phénomène de représentation d’un mouvement peut-il se produire en l’absence de toute excitation provenant d'un muscle. Il se présente à nous une difficulté analogue à celle que nous avons constatée plus haut 1 à propos des sensations organiques. Il semblerait d’abord que l’image musculaire puisse exister indépendamment de tout mouvement du muscle auquel elle correspond ; les amputés qui imaginent les mouvements d’un membre absent, et les paralysés qui ne représentent également les mouvements d’un membre immobile, sembleraient nous fournir des preuves de l’existence des images musculaires sans mouvements. 11 faut remarquer cependant que dans ces cas meme il existe des phénomènes moteurs. En effet si l’effort est considérable, on constate la mise en mouvement d’autres parties du corps que celles auxquelles correspondent les images.
Dans la vie normale, la représentation d’un mouvement amène l’ébauche de mouvements réels ; ces mouvements sont la plupart du temps très faciles parce qu’ils sont empêchés par inhibition ; mais chez les hystériques, ainsi que l’a démontré M. Pierre Janet, les mouvements suivent toujours la représentation mentale2, lorsque les images inhibitrices et leurs mouvements correspondants ont été éliminés de la conscience.