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OBSERVATION II

Antoine X..., âgé de trente-six ans, employé des postes, est sujet aux hallucinations de l’ouïe depuis 1869 : on l’accuse de vol, on veut le faire guillotiner; il croit entendre ces mots : « Il est pincé. » Il soufflette un de ses collègues, qu’il accuse d’allusions blessantes. Il vient à Sainte-Anne, avec un grand couteau dans sa poche, pour se défendre contre ses ennemis. 11 part ensuite pour Grenoble; là, il prétend que les officiers le méprisent. Il les provoque en duel, et se plaint au général commandant delà place, par la lettre suivante :

« Grenoble, 9 février 1890.

« Monsieur,

« Je viens vous prier de vouloir bien me dire pourquoi messieurs les militaires de la garnison de Grenoble m’insultent quotidiennement.

« S’ils veulent se battre avec moi, il n’est pas nécessaire de faire tant de frais; j’attends, à l’adresse ci-dessous in-

1. Nous empruntons celte observations à l’ouvrage de M. Paul Garnier. Des idées de grandeur dans le délire des persécutions.

APPENDICE V

diquée, que l’un d’eux veuille bien venir régler, avec moi, les conditions d’un combat.

« J’ai l’honneur d’être, monsieur le général, « Votre très humble serviteur,

« Signé : X...

« Rue Dauphine, n°2. »

En 1870, pendant le siège, il reste à Paris, chez sa mère ; il prétend que c’est une fausse guerre, un faux siège. Des idées ambitieuses commencent à germer dans son esprit. En 1874, il prétend être le fils de Henri de Bourbon et de l’impératrice de France ; il répète à sa mère qu’il n’est que son enfant adoptif; il veut aller dans la province de Grenade pour se faire rendre ses biens.

En octobre 1874, il écrit la lettre suivante :

« Paris, le 29 octobre 4874.

«AM. Magnan, à Sainte-Anne,

«• Si vous vous permettez de délivrer à qui que ce soit un certificat de maladie mentale ou autre pour moi, je vous enverrai au bagne avec celui auquel vous l’aurez délivré. Il faudra que vous alliez immédiatement à Charenton pour reconnaître que mon frère Emmanuel X... n’est pas fou et qu’il faut qu’il sorte.

« Prince Henri de Bourbon.

« Voici mon adresse : M. Antoine X..., rue de Rennes, n° , Paris.

« Je ne reçois personne. »

L’erreur de personnalité est illogique en apparence seulement; car tout en signant Henri de Bourbon, Rajoute au-dessous son vrai nom, qu’il considère comme faux, mais c’est celui sous lequel il est connu de tous.

Des idées de suicide apparaissent en dernier lieu : on

APPENDICE V

veut le déshonorer : « Tous m’ont vendu morceau par morceau, pièce à pièce, afin que, n’étant plus qu’un être inutile et dégradé, je me supprime. »

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