‹ Le sentiment et la penséeChapitre 8 sur 119 · LA WA NI K · texte numérisé non relu

LA WA NI K

organiques restées intactes subit probablement le meme sort que ces tendances. Il vit à part avec elles dans l’inconscient. Quant à la conscience proprement dite, (ou conscience prime'), elle tend de plus en plus vers un état où les éléments de la pensée se succèdent sans subir aucun groupement. A l’état de manie suraiguë, ces images ou mieux ces fragments d’images visuelles , tactiles, motrices, etc., se suivent avec une rapidité extrême et dans un désordre absolu.

Nous avons expliqué plus haut, après Maudsley, que cette rapidité n’est qu’apparente, il reste maintenant à étudier ce désordre dans lequel se succèdent les représentations.

Yoici un exemple emprunté à la vie normale et qui nous en fera comprendre la nature.

Un enfant est auprès de sa mère qui lui explique une fable de La Fontaine :

Un agneau se désaltérait

Dans le courant d’une onde pure, etc.

Elle lui donne le sens des mots, elle tâche de traduire par des images qu’elle sait exister déjà dans son esprit, les termes trop abstraits, elle assemble ces images anciennes dans un ordre nouveau, conforme à la pensée du poète ; elle ajoute à la fable un petit commentaire pratique, enfin, elle tâche d’évoquer chez son fils un sentiment auquel il puisse rapporter la série de représentations, pour la plupart visuelles ou auditives, qu’elle essaie d’associer en lui ; mais l’enfant se distrait, cette attention qu’on exige de lui le fatigue, il regarde par la fenêtre, ses yeux errent, sa mère le lui reproche et

1. Nous employons ce terme pour désigner la conscience connue du sujet. Les autres phénomènes de conscience se développant à son insu sont inconscients pour lui. Nous nous rangeons sur ce point à l’opinion de MM. Pierre Janet, L'automatisme psychologique,?, t Binet, Les altérations de la personnalité [Rev. des Deux Mondes , 15 février 1891).

reprend sa lecture... La pendule sonne, il écoute ce bruit qui l’amuse, ses mains jouent avec ce qu’elles trouvent à leur portée..., etc.

Pendant les quelques minutes qu’a duré la leçon, cette conscience jeune, sensible, presque grande ouverte à tout le pêle-mêle des impressions qu’elle reçoit du dehors avec plaisir, a été traversée de mille perceptions, sensations ou images diverses, visuelles, auditives, tactiles, motrices, musculaires, etc. Cependant, à force de patience, la mère a gravé dans cet esprit, un tableau bien net, dont les éléments, étroitement liés, sont empruntés, pour la plus grande partie, à des souvenirs antérieurs évoqués et groupés dans un nouvel ordre, et pour le reste à des impressions nouvelles (mots jusque-là inconnus de l’enfant, par exemple).

Cette série définie se sera donc formée par le groupement de certains éléments de conscience à l’exclusion des autres. Lorsque, le lendemain, la mère demandera à son fils de lui redire le Loup et l' Agneau , l’enfant n’y mêlera ni le souvenir du bruit de la pendule, ni les paroles de sa mère, ni scs petits mouvements d’ennui, ni, en un mot, aucune des impressions accidentelles qui sont, dorénavant, associées pour constituer le souvenir.

Cependant, toutes ces impressions accidentelles, aujourd’hui négligées, ne sont pas oubliées. En certains cas, elles pourront renaître; un effort de mémoire, un hasard, pourront en faire revivre quelques-unes; d’autres ne sortiront peut-être jamais de l’oubli, mais il est possible aussi quelles soient remémorées en certaines circonstances particulières. Lien des exemples remarquables pourraient laisser croire que rien n’est perdu pour la mémoire1.

L’hypermnésie a souvent attiré l’attention des obser-

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