‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 100 sur 205 · Dans Seat. Empir., Adr. Jfolh. , IX · texte numérisé non relu

Dans Seat. Empir., Adr. Jfolh. , IX

INFLUENCE DE L ORPHISME.

Le dualisme d’Empédocle, transporté dans le monde moral, lui fournit une explication de la destinée humaine. L’homme est un dieu tombé par l'influence de la Discorde, c'est-à-dire pour avoir transgressé par esprit de révolte la loi de la nature : aussi la nature le repousse successivement de toutes ses parties; il ne peut plus y trouver sa place; il erre à travers le monde, poursuivi dans sa course inquiète par le souvenir stérile de sa félicité d’autrefois :

« C’est un arrêt de la Nécessité, un antique décret des dieux, un pacte éternel et scellé par de vastes serments : quand un démon, un des êtres qui sont destinés à une longue vie, a souillé son corps par l’erreur de son âme, quand égaré par le mal il a commis un parjure, il faut que trois fois dix mille ans il erre loin des bienheureux, qu’il anime successivement toute sorte d’êtres mortels et parcoure les routes changeantes d’une pénible existence. Car l’air le chasse dans les Ilots de la mer, la mer le rejette sur le sol de la terre, et la terre dans les rayons du soleil infatigable, qui le précipite dans les tourbillons de l’air; chacun des éléments le transmet à un autre, et il est pour tous un objet de haine.

« Moi aussi, je suis maintenant un de ces exilés qui errent loin de Dieu, pour avoir écouté la Discorde furieuse ' » dit le philosophe, personnifiant éloquem-

ment en lui-même les tristesses et les aspirations de l’humanité.

Voilà quelques-unes des théories qu’Empédocle avait

]• Dans Plutarque, de Eiilioy 17. Hippol., Refui. ll.rr VII, *29. Plutarque. de U. et Osir.f 26.

id£e du monde.

tirées de l’idée antique de l'Amour et exposées soit dans ses Expiations, soit surtout dans ce grand poëme sur l’univers, si admiré de Lucrèce et dont Aristote luiqiêine, malgré son dédain pour le fond philosophique, énumérait les qualités littéraires'.

Il semble hors de doute que le sage d’Agrigente avait puisé dans les cosmogonies des Orphiques. Ce serait une preuve de plus que leurs idées sur l’Amour, identifié avec Métis et avec le principe de vie, s’étaient produites dans leurs premiers poëmes, et tenaient au fond même de leur théologie. Il est très-vraisemblable que les vers où elles étaient exprimées furent souvent choisis, à cause de leur caractère brillant, par les rhapsodes qui récitaient publiquement les poésies orphiques dans les fêtes. En tout cas, dès le cinquième siècle, la foule était familiarisée avec ces idées, comme le prouve la parabase des Oiseaux d’Aristophane. Le poëte populaire, dont la première loi est d’être compris, ne craint pas de présenter à la multitude impatiente qui remplit les gradins du théâtre de Bacchus, une cosmogonie en règle. Comme il arrive dans la comédie Athénienne, une poésie véritable s’y mêle à la parodie et au bouffon. Ce sont les oiseaux qui s'adressent aux spectateurs :

« Allons, hommes voués par nature aux ténèbres, semblables aux feuilles qui tombent, êtres impuissants et faits d’argile, foule de fantômes sans consistance, créatures éphémères et dépourvues d’ailes, mortels misérables, hommes pareils à des songes, tournez votre attention vers nous qui sommes immortels, qui vivons

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