‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 101 sur 205 · Diog. Laërt., VIII · texte numérisé non relu

Diog. Laërt., VIII

INFLUENCE DE L’ORPHISME.

toujours, qui habitons l’éther, exempts de vieillesse, et nourrissons des pensées éternelles, afin que vous appreniez de nous la vérité sur toutes les choses célestes et que, sachant ainsi l’origine des oiseaux, la naissance des dieux et des fleuves et de l’Érèbe et du Chaos, vous puissiez désormais faire la nique à Prodicus1. /

« Au commencement étaient le Chaos et la nuit et le noir Erèhe et le vaste Tartare : ni la terre ni l’air ni le ciel n’étaient encore. Tout d’abord, dans l’immense sein de l’Érèbe, la nuit aux ailes noires enfante un œuf sans germe, d’où naît au temps fixé le charmant Amour, orné d’ailes d'or resplendissantes, léger comme les tourbillons du vent. C’est lui qui, s’unissant au Chaos, ailé et ténébreux, engendra dans le vaste Tartare notre race et la produisit la première à la lumière. La race des immortels n’existait pas avant que l’Amour n’eût tout uni; mais, quand les unions eurent été effectuées par lui, le ciel naquit, ainsi que l’Océan et la terre et la race bienheureuse do tous les dieux immortels....

Si l’on voulait suivre sérieusement la trace de ces anciennes idées sur l’Amour jusqu’à leur plus belle expression, c’est à Platon qu’il faudrait aller. Au contraire d'Aristote, il avait une affinité de nature avec les hommes pieux ou inspirés qui s’étaient livrés à l’attrait de ces spéculations. Ces rêveries de gens ivres s, dont triompha la logique de son infidèle disciple, il

1 . Peut-être Prodicus de Phocée, auteur reconnu de la Kinyadr (Pausanias, IV, 33, 7), et qui parait avoir été en relation intime avec le poète orphique et pythagoricien Cercopa. — 2. Vers 685 et suiv.

3. C’est & peu près l’expression qu’il emploie. Metaph. A, 3.

IDÉE DU MONDE

ne dédaigna pas de les recueillir comme une tradition de la sagesse antique ou comme une vague conscience que l’humanité avait eue des vérités introuvables, et il s'unit de sentiment avec ceux dont elles avaient transporté l’îlme ou excité l’esprit ingénieux. Cette inspiration commune qui depuis des siècles les réunissait dans le même enthousiasme à la pensée de la vie infinie et universelle, passa donc en lui : elle fut pour beaucoup dans sa théorie de l’Amour. Il semble du reste qu’il veuille reconnaître lui-même ces emprunts faits au passé, quand il place au début des discours, d’ailleurs si originaux, du Banquet les noms d’Hésiode, d’Acusilaos et de Parménide*.

Lisez par exemple, en songeant à ce que nous savons des doctrines .antérieures, le discours prêté au médecin Eryximaque : vous en reconnaîtrez facilement la trace dans l’ingénieuse exposition de Platon. Vous retrouverez en particulier Heraclite, dont un mot est cité et commenté dans ce discours. Cette physique qui explique le monde par le vide et la réplétion des bons éléments et des mauvais, ce dualisme des principes sains et malsains qui se partagent la nature en vertu de la sympathie des semblables et l'animent d’un double mouvement, cette concorde des contraires qui produit la régularité dans les saisons et l'équilibre dans l’atmosphère, la santé dans les corps et dans les plantes, les lois des arts et de la vie morale, en un mot cette théorie de l’harmonie universelle, mise sous le nom de l'Amour : tout cela est assurément de Platon, mais on y sent une parenté évidente avec les anciens

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