Dans Simplic , Phys., fol. Î7*2 b
INFLUENCE DE L’ORPHISME.
leux, les races innombrables des êtres mortels, revêtus de mille formes*. »
Voilà le dernier résultat. En réalité c’est l’Amour qui est le seul créateur, c'est lui qui, arrivant sur tous les points d'où se retire la Discorde, opère le mélange fécond et en fait sortir le merveilleux spectacle des êtres vivants, de leur multitude innombrable et de leur infinie variété. Il est le principe bienfaisant’, il est. l’affection, la tendresse, la joie, la véritable harmonie, il se confond avec Aphrodite, tandis que la Discorde est le principe funeste, la querelle ensanglantée, l'animosité, Mars*.
Tel est le dualisme auquel le monde appartient. Empédocle s’en sert pour expliquer le développement de la nature, ses tâtonnements, ses enfantements monstrueux, ses productions avortées qu’il attribue à la domination de la Discorde*, ses progrès vers la perfection et la beauté qu’il rapporte à l'influence de l’Amour.
L’Amour s’efforce donc de faire marcher le monde vers l’harmonie. 11 en est lui-même le principe, insaisissable pour des yeux mortels*. Or ce but que poursuit l’Amour ou Vénus, c’est une restitution, un retour vers un passé lointain, dit Empédocle, reproduisant aussi à sa manière ce rêve de l’àge d’or si cher aux Grecs. Il se représente une époque primitive où l’Unité était absolue et souveraine, sans être troublée
I. Dans Simplic., Phi/»., fol. 7b; de Carlo, p. 507 a. Schol. Arist. Brandis. — 2. Voy. Aristot. Mrtaph. A, 4. — 3. Voy. Rittcr et Pretler, ouvrage cité, pages 132 et 133 de la 2‘ édit. — 4. Plutarque, de Plae. Phil., V, 19. Dans Simpl., de Carlo, p. 512 édit.. Br.; Êlien. Ilist. an., XVI, 29; Simplic. , Phys., fol. 8f> b. et fol. 25S a, b. — 5. Dans Simpl. , fol. 34 a. , v. 21 et siliv.
IDÉE DU MONDE
par la Discorde ; alors le Feu et l’Eau n'avaient pas encore d’existence distincte, et le Temps, mesure des variations, n’avant pas d'objet, n’avait pu prendre naissance :
« Pour eux n’existait pas le dieu Arès, ni le tumulte, ni le dieu souverain Jupiter, ni Cronos, niPosidon; mais c’était le règne de Cypris.... Ils lui présentaient de pieuses offrandes, des figures peintes d’animaux, des parfums variés ; ils lui sacrifiaient la myrrhe pure et la vapeur odorante de l’encens, ils versaient en son honneur sur le sol le miel des jaunes abeilles. Les taureaux n’inondaient pas l’autel des flots purs de leur sang, mais c’eut été contracter une souillure maudite que de leur arracher la vie et de manger leurs membres1. »
Il faut imiter ces sacrifices innocents, même aujourd’hui que l’irruption violente de la Discorde a changé la condition des hommes, car cette déchéance qui est leur état actuel les condamne à parcourir dans une suite de transmigrations toute la série des êtres animés. Ils serviraient donc eux-mêmes de victimes aux sacrifices sanglants. Aussi Empédocle s’écrie-t-il : « Ne cesserez-vous pas ces meurtres odieux? Ne voyezvous pas, esprits aveugles, que vous vous déchirez les uns les autres’? » Et il se figure un père qui, trompé par la métamorphose de son fils, l’égorge en implorant les dieux, et, sourd aux gémissements de la victime, fait ensuite les apprêts d’un affreux repas. Un reconnaît le précepte et presque la doctrine des Orphiques et des pythagoriciens.
1. Dana Porphyre, de Abslinen». , II, 21, 21. Athenæ., XII, p. 510 D.