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INFLUENCE I)E I.’ORPHISME.
systèmes auxquels il prétend opposer son spiritualisme.
Veut-on aller jusqu’au principal de sa théorie, à ce qui concerne l’âme humaine et constitue l’Amour platonique proprement dit ? Qui n’y distingue à première \iie les antiques germes qu’avaient déjà développés Pythagore et les Orphiques? C’est en réalité la doctrine de l'épuration par la beauté. L’amour est un médiateur entre l'homme et les dieux; il l'emporte jusqu’à eux sur ses ailes; il l'exalte et le délivre. Au point de départ, il semblait enfermé dans le coin le plus répugnant des mœurs grecques : mais voici qu'il devient une prédication tendre et passionnée d’une âme à une autre âme, un voyage mystique à deux endehors des voies de la sagesse mondaine vers la perfection morale et la béatitude infinie; il se confond enfin avec le sentiment de la beauté absolue qui rayonne d’un point unique sur tout l’univers. Tel est le suprême degré de l’initiation aux Mystères de l’amour.
11 est de toute évidence que ces Mystères philosophiques étaient tout à fait étrangers aux Mystères religieux de l’Amour qui se célébraient, croit-on, à Thespies et qui ne sont même pas nommés par Platon. Il y a cependant entre eux, à ce qu’il semble, quelques points communs, par la force naturelle des idées premières auxquelles se rattachait nécessairement en Grèce tout développement religieux ou philosophique sur ce sujet. L'Amour de Thespies, si voisin des Muses de l’Hélicon, ne pouvait manquer d'être un dieu de l’inspiration ; et de plus il devait partager avec toutes les divinités des Mystères le caractère de dieu de la fé-
IDEE 1)U MONDE
condité' : c'était donc sans doute, comme dans Hésiode, le dieu de la production harmonieuse. Or, l’Amour de Platon excite l’enthousiasme, et enfante dans la beauté. Qu’il nous suffise d'indiquer en passant ce rapport.
Kn résumé, ce qui domine toutes ces théories sur le Temps comme sur l’Amour, c’est le sentiment et le besoin de l'harmonie. L’harmonie est sensible dans l’univers : on l’y contemple et on en jouit. Dans la condition humaine, on sent qu elle manque et on y aspire: elle apparaît au loin comme un but vers lequel les yeux sont invinciblement attirés. Avant Platon, dont les beaux mythes sur la vie future tiennent de beaucoup plus près aux croyances et aux spéculations antérieures que sa théorie sur l’Amour, ce furent les Orphiques et les pythagoriciens qui se vouèrent principalement à la poursuite de l'harmonie dans le monde de l’âme. La contention passionnée avec laquelle l'Orphisme s’occupa de cette mystérieuse recherche fit sa véritable originalité; là fut la cause de son influence. Son dieu, Zagreus, se présente comme une sorte de guide et de rédempteur qui, à la fois du fond de la terre et du haut du ciel, règle les destinées. Comme héros, il est allé lui -même dans les enfers vaincre la mort ; comme dieu, il la gouverne et, par suite, gouverne la vie. Cette pensée de demander à la mort la science de la vie était, nous avons essayé de le montrer, aussi ancienne que la Grèce ; et le puissant intérêt qui s’y at-
I. L'Amour a \ait évidemment ce caractère dans les Mystères péla*gique- <!e Samothrace : il y était adoré comme le premier des Cabires, sous le nom d'.lxiéros (fcVo», précède du titre honorifique Strias) .
INFLUENCE DE L ORPHISME.
tache, en remuant profondément les âmes, avait dû naturellement inspirer la poésie, pendant si longtemps unique interprète de toutes les émotions. Il faudrait donc voir, d’abord pour apprécier sur ce point les effets du mouvement orphique, ce qui existait antérieurement chez les poètes. 11 n’y aurait plus ensuite qu’à insister sur la nature de cette nouvelle inspiration. En réalité, tout se réduit, pour la première partie de cette double recherche, à l’examen des idées homériques. Notre ignorance du huitième et du septième siècle ne nous permettrait pas d’y suivre les variations de ces idées; et il est, du reste, à peu près certain qu’elles n’avaient pu subir de modifications sensibles. Nous savons à quel point l'autorité d’Homère s’était en général imposée aux imaginations et aux esprits, et nous verrons combien les innovations du sixième siècle laissèrent encore subsister de ses croyances.