‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 109 sur 205 · l’ausan., IX, 31, à · texte numérisé non relu

l’ausan., IX, 31, à

aurait rien do surprenant à ce que quelque poëte de Béotie eût choisi un sujet qui , en admettant naturellement une description des Enfers, était si favorable à ces énumérations de héros et de légendes où s’est complue l’école de l’Hélicon ; et l’on retrouverait ainsi une fois de plus le nom d'Hésiode parmi les antécédents des Orphiques. Mais il n’y a évidemment aucune conjecture à émettre sur le caractère d’un poëme dont l'existence est déjà un problème. L imitation d’Homère peut être, au contraire, regardée comme certaine. Elle était directe dans les Retours d’Agias de Trézène qui avaient été conçus sous l’inspiration de 1 Odyssée et qui contenaient de même une Evocation des Morts. Quelle que fût dans le poëme la place de cet épisode, on voit qu’il avaitatteint un certain développement. C’était une des sources où avait puisé Polygnole pour la vaste peinture où il avait représenté en détail les Enfers sur un des murs de la Lesché des Cnidiens à Delphes. Nous savons que parmi les sujets qu Agias avait traités se trouvait une description intéressante du supplice de Tantale '. La punition atteignait le coupable, non plus seulement comme chez Homère après la faute, mais au moment même où il la commettait et croyait en recueillir le fruit. Assis au festin des dieux, admis, en exécution de la promesse qu’il avait surprise à Jupiter, à partager avec eux le nectar et l’ambroisie, la crainte l’empêchait de goûter à ces mets divins, car il voyait suspendu au-dessus de sa tête un rocher prêt à l'écraser : image expressive des vains troubles qui torturent

J. Athenæ. VU, p. 281 B. Athénée dit: l'auteur du retour desAlrides. Welcker n’hésite pas à reconnaître dans cette désignation le poëme d’Agias.

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les faillies hommes dans l’instant où leur ambition s’imagine être au comble de ses vœux, et qui leur ravissent la jouissance au milieu même de la possession. Bien avant de passer chez les Latins, elle était devenue populaire dans l'antiquité grecque : reproduite par Archiloque, on la retrouve encore chez Aleman, Alcée et I’indare. Ce dernier la rappelle par une sorte de locution proverbiale ', tant elle était familière à ses auditeurs !

Si les Retours d’Agias appartenaient, ainsi qu'on a cru pouvoir l’affirmer, au milieu du huitième siècle, ils étaient antérieurs au développement des doctrines orphiques. La première trace de ces doctrines qu’on trouve dans l’épopée profane, est dans un vers de l 'Alcméonide : « Terre vénérable, ô toi, Zagreus, le plus élevé de tous les dieux*. » L’ Alcméonide nous rapproche vraisemblablement du sixième siècle : c'était certainement l’époque de la Téléyonie d’Eugammon de Cyrène, et très-probablement aussi celle de la Minyade. La Téléyonie, le dernier poème du cycle troyen, racontait les dernières a\entures d'Ulysse depuis son retour à Ithaque, et sa mort par le parricide involontaire de Télégonos. Une partie de ces aventures avait pour théâtre la Thesprotie, une des contrées où s’étaient le plus localisées les légendes sur les régions infernales. Les ancêtres lointains des héros modernes de Souli et de Parga montraient dans leur âprepays, avec le marais Aclié-

1. Islh-, VII, 20. Voy. aussi Plat., Craltjl., p. 395. — 2. Etym., Uuil. , V. Zayptù;. Ce fait a été relevé par Otfr. Muller. M. William Mure aurait pu l’invoquer à l'appui de l’opinion qui, au lieu d'identifier VAUmdonidt avec le vieux poème des Épigones comme le voudraient Welcker et Duntzer, en ferait une œuvre tri-s-distincte et d’une date sensiblement postérieure qu’il faudrait faire redescendre jusqu’au sixième siècle.

rusien, l’Achéron lui-même et le Cocyte, enfin un Aornos où l’on évoquait les morts1. Des traditions y conduisaient Orphée et Thésée, et la supposition de Pausanias* qu’ Homère avait pris dans la Thesprotie l'idée de son Enfer n’est pas improbable en soi . Il est donc assez naturel dépenser que le narrateur épique du voyage d’Ulysse dans le pays des Thesprotes y avait réservé une place pour les légendes héroïques et religieuses qui donnaient à ce pays son principal intérêt. Et même on ne saurait guère entendre autrement le témoignage suivant lequel Eugammon aurait inséré dans son poème toute une Thesprotide de Musée*, c’est-àdire, sans doute, un poème plus ancien, attribué par une erreur de la tradition à l’antique chantre des Mystères qui passait comme Orphée pour les avoir fondés et qui partageait avec lui les hommages de la secte.

Plusieurs passages de Pausanias nous apprennent que la Minyadc contenait épisodiquement le récit de la Descente de Thésée et de Pirithoüs avec une description des Enfers dont Polygnote s’était servi. On conçoit qu’il pût être question de la tentative des deux héros dans un poème qui paraît avoir été consacré à célébrer un des hauts faits de leur libérateur. A plus forte raison, semblerait-il, la Descente d’Hercule luimême devait être chantee dans les Héracléides. Peutêtre l avait-elle été dès le septième siècle dans la plus célèbre, celle de Pisandre : elle le fut, selon toute apparence, dans celle de Panyasis, le contemporain de Pindare, car il y décrivait le supplice de Thésée et de

I . l’ausan. , IX, 30. — 2. I, IT. — 3. Clcui. Alex., Sir., VI, p. 151-

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son compagnon, rivés sur leurs sièges pur une force in \ isible qui résidait dans la pierre elle-même où ils étaient assis1. On peut supposer aussi que le plus hardi des exploits d’Hercule formait le sujet principal du Cerbère de Stésichore, le chantre de la Géryonide et du combat contre Cycnus.

Il est fâcheux d’en être réduit à des hypothèses ou à d’aussi faibles notions sur la nature de ces différentes oeuvres. Outre lintérêt que nous prendrions à reconnaître le caractère propre de chacune d’elles, nous aimerions à rechercher quels éléments nouveaux avaient pu s’introduire dans la matière commune de tous ces chants, à faire la part des diverses tradi tions , et surtout à marquer comment les légendes primitives s’étaient modifiées par le double effet du progrès moral et des idées mystiques. Mais, à ce dernier point de vue, il ne faudrait pas nous exagérer l’importance du changement qui avait pu se produire. L’imagination des Grecs, même à la lin de celte période peu connue, était encore trop engagée dans les formes des anciens mythes et ils y mêlaient un sentiment trop naïf, pour qu’il fût possible à la poésie populaire de combiner de sang-froid les développements allégoriques que la philosophie fut seule capable d’inventer. Nous avons un moyen de vérifier cette assertion. Précisément à cette époque se formait un poète qui eut le privilège d'unir à une vivacité rare d’imagination une force de réflexion que révèlent également l’art savant de ses compositions et le tour moral de sa pensée; et nous possédons de ce poète, outre

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