‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 112 sur 205 · I. Ohjmp . , 11, v · texte numérisé non relu

I. Ohjmp . , 11, v

326 INFLUENCE DE L'ORPHISME.

avaient vu à leurs noces le cercle brillant des rois du ciel et de la mer assis autour de la table du festin, tandis que les Muses aux réseaux d’or faisaient résonner de leurs chants les échos du Pélion ou ceux de la \ille aux sept portes*. Néanmoins ils ne s’étaient pas laissé égarer comme Tantale; un tel honneur n'avait point entlé leurs désirs au-dessus de la mesure humaine; ils s’étaient résignés à subir ensuite les épreuves de la vie terrestre. Aussi avaient-ils laissé dans la mémoire des hommes un renom de piété et de modération.

On reconnaît déjà une intention morale dans le choix de ces deux héros. Elle devient plus sensible encore par la manière dont un compagnon leur est adjoint. Hésiode, dans le mythe des Ages, avait ouvert l’empire de Saturne indistinctement à tous les hommes de la quatrième race, à tous les glorieux héros de la guerre de Thèbes et de la guerre de Troie. Depuis, la tradition poétique semblait avoir restreint ce privilège particulièrement en faveur d’Achille, le plus glorieux de tous. Dans YÊthiopide d’Arctinus de Milet, immédiatement après ses funérailles, Thétis le transporte dans l’île Leucé. Ibycus et Sinionide le placent dans la plaine Élysienne, où il devient l’époux de Médée ’. Pindare ne repoussera pas du séjour des Bienheureux un héros dont les droits semblent ainsi consacrés, mais il ne l’y admettra qu’avec une sorte de restriction : « Jupiter, touché par les supplications maternelles de Thétis , lui permit d’y transporter Achille,

I. fient. IV, 105. Ptjlh., III, 155. fient., V, 41. î. Schnl. Apollon. RIioil., IV. 815.

celui qui abattit l'invincible Hector, la colonne inébran lable de Troie, et livra à la mort Cycnus ainsi que l’Éthiopien, fils de l’Aurore. » Voici donc quelle est la pensée complète de Pindare, telle qu’il l’exprime, suivant son habitude, par de rapides indications dans la seconde Olympique , la plus religieuse de ses odes triomphales. Pour ces élus qui sont aptes à être visités par la faveur divine, il y a deux conditions au prix desquelles ils obiiendront la félicité éternelle. D’abord c’est la piété, dont le premier point est la soumission à la volonté des êtres supérieurs qui gouvernent le monde. Aussi la nature hautaine et démesurée d’Achille a-t-elle besoin de la tendre intervention de la déesse dont il est le fils. La seconde condition, c’est la gloire : c'est à titre de vainqueur des plus illustres héros, c’est parce qu’il « trancha avec sa lance les nerfs de Troie ', » qu il est reçu dans les îles Fortunées.

Cette idée (tes privilèges de la gloire était sympathique au génie du poète, et, au moins dans la seconde Olympique, elle semble dominer sa conception de la destinée future. On ne voit pas ici que la vertu obscure soit appelée au partage de l'immortalité bienheureuse des héros. Même dans le passage* où, sous une inspiration orphique, il retrace les épreuves par lesquelles doit se mériter la béatitude infinie, sa doctrine semble être d’abord aristocratique. La noblesse d’origine, c’est-à-dire le sang des dieux, la puissance et la richesse qu elle a pour compagnes naturelles, sont les causes et les occasions de ces vertus glorieuses et éclatantes auxquelles les récompenses suprêmes sont réservées :

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