I. Simm. V, U
332 INFLUENCE IïE I/ORPIIISME.
renverra leurs âmes au bout de neuf ans vers la lumière supérieure. Telle est T origine des rois magnanimes, des hommes puissants par leur force ou grands par leur sagesse, et la postérité leur décerne le nom de héros sacrés. »
Ce fragment pourrait même être considéré comme un précieux complément de la doctrine dePindare. Le caractère aristocratique dont elle nous paraissait empreinte y est atténué, puisque chacun, une fois purifié dans le royaume de Proserpine, peut entrer dans cette élite de l'humanité à laquelle seule le poète promettait un jour la félicité éternelle.
Il semble aussi qu’il y ait une certaine concordance entre les débris d’un autre thrène, et cette peinture de la seconde Olympique où paraissait, en opposition avec les supplices affreux des enfers, un premier degré de récompenses qu’y obtiennent les âmes des justes. De même ici, tandis qued’un côté « les lieu ves languissants de la nuit obscure vomissent les ténèbres infinies, » de l’autre, « pour les bons, le soleil éclaire des jours que n obscurcissent jamais les ombres de nos nuits; dans les prairies empourprées de roses, ombragées par la plante qui produit l’encens, ils voient les bosquets se charger de fruits d’or. Les chevaux et les exercices du gymnase, les dés, la lyre se partagent leurs goûts et leurs joies; rien ne manque à l’éclat de leur llorissanle félicité. Dans ce séjour délicieux s’exhale sans cesse l’odeur des parfums de toute sorte qu’ils jettent sur la flamme au loin rayonnante des autels. »
Mais voici dans un fragment dont, il est vrai, l’authenticité a paru suspecte, des images d’un caractère tout nouveau : « Les âmes des impies sont retenues
IDÉE DE l.A DESTINÉE HUMAINE.
sous le ciel et volent au-dessus de la terre, invinciblement attelées à des douleurs sanglantes; les âmes pieuses, habitant au-dessus du ciel, célèbrent par la mélodie de leurs hymnes le grand bienheureux. » l>e rapport de celte peinture avec le grand mythe du Phèdre de Platon est sensible.
Si mutilés que soient ces morceaux, ils sulliscnt pour faire soupçonner la richesse morale et poétique des nouvelles conceptions qui les avaient évidemment inspirés. Qu'est-ce, en comparaison, que celte vague menace d'un châtiment infernal que prononçaient les antiques formules de serment sous l’invocation des Érinnyes? ou même que celte promesse étroite d’un bonheur réservé, dans l'hymne homérique à Cérès, aux seuls initiés d’Eleusis? « Bienheureux celui des hommes, habitants de la terre, qui a vu ces cérémonies 1 Celui qui les a connues et celui qui y est resté étranger n’ont pas la même destinée après leur mort, dans la froide région des ténèbres » C était la tradition fixe des Mystères. Aussi Pindare,cn célébrant les funérailles d’un Athénien, initié d Eleusis, répète-t-il encore : « Bienheureux celui qui a vu ces choses avant de descendre sous la terre ! 11 sait la fin de la vie, il sait quel en estle principe fixé par Jupiter. » .Mais il ne fait pas dépendre la destinée future de l’eflicacité exclusive de rites particuliers. Scs idées sont inspirées par une religion plus profonde, qui va chercher aussi dans l’homme lui-même la source de ses espérances. Ce sont de plus celles d’un poète. Happelons-nous le parti que Virgile en a tiré dans la seconde moitié du sixième