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sa propre conscience, le poëte Thébain ne se serait étendu sur une apologie de la faiblesse humaine. Ce n’est pas lui qui eût renchéri sur le mot de Pittacus : il est difficile d'être bon , pour proclamer l’inutilité de tout effort et l’impossibilité fatale d’atteindre un pareil but : a La divinité seule possède ce privilège; quant à l’homme, il n’est pas possible qu’il ne soit pas mauvais, quand il est abattu par la force irrésistible du malheur. Tout homme est bon par la bonne fortune, mauvais par la mauvaise, et en général les meilleurs sont ceux qui sont aimés des dieux. Aussi jamais n’irai-je donner une part de ma vie à la poursuite chimérique d’une espérance vaine, cherchant ce qui ne peut exister, un homme exempt de tout défaut parmi nous tous qui vivons des fruits de la vaste terre. Si je le trouve, je viendrai vous le dire. Je ne refuse ni mes éloges ni mon cœur à quiconque ne fait volontairement rien de honteux : les dieux eux-mêmes ne luttent pas contre la nécessité. » Et Simonide ne craint pas de déclarer beau tout ce que la honte ne souille pas; il renvoie dans la foule immense des fous quiconque réserve ses louanges pour l’homme vraiment parfait, carré des mains, des pieds et de l'esprit.
Le développement moral de l’ode à Scopas était cependant resté chez les Grecs parmi les monuments de la sagesse du grand poëte. Dans le Protagoras de Platon, Socrate, Prodicus et Protagoras lui -même paraissent le savoir par cœur et en font l’objet d’une discussion, plus subtile, il est vrai, qu intéressante. Simonide, le chantre des triomphes remportés sur les Mèdes, le conseiller de Hiéron et le médiateur des princes de la Sicile, l’auteur de tant de sentences pré-
INFLUENCE DE L’ORPHISME.
cieusement consen ées dans la mémoire des Grecs, était vénéré par eux presque à l'égal de leurs Sages .Mais, comme la leur, sa morale était surtout pratique et accommodée aux difficultés de la vie. C’était une morale humaine, qui allait bien à son génie gracieux et pathétique. Celle de I’indare, qui ne dissimule pas son dédain pour son illustre devancier, est divine, par son point de départ et par le but où elle tend. Au lieu de mesurer d'abord les forces de l’homme, il commence par se représenter la grandeur de la divinité, et, tout en insistant par une opposition inévitable sur la faiblesse des mortels et sur la modération pieuse qui leur est nécessaire, il fait briller aussi à leurs )eux les idées de la gloire et d’une immortalité bienheureuse, accordées par la faveur des dieux et conquises par la volonté humaine.
Telle est bien en effet la marche que suit de luimême son noble esprit. Sa première pensée est d’élever les dieux, sur lesquels il lient ses regards lixés, à la hauteur de son adoration. 11 n’hésite pas à réformer pieusement la tradition là où il trouve que les libertés de la poésie l'ont fait dévier au détriment de la grandeur divine. « Quand l’homme ose parler des dieux, il convient à l’homme de ne rien dire sur leur compte qui ne soit beau : ainsi son audace devient excusable *. » Ce n’est pas, on le voit, le langage d’un philosophe. Il ne se met pas à la suite de ceux qui déjà de son temps interprètent les mythes religieux. 11 est bien loin de voir, comme fera un jour Lucrèce *,
I. Platon dans la République, 1, 335, assimile Simonide aux Sages de la Grèce. Cicer., de Nat. De or., I, c. xm : Non tantum suavis poeta, sed doctus sapiensque. — 2. Olymp., I, 54. — 3. III, 99 et suit.
dans les supplices des enfers une image des peines de la vie actuelle. Sisyphe n’est pas pour lui le type de l’ambitieux, ni le rocher de Tantale le fantôme de la superstition, ni les fouets des Furies et Cerbère et les ténèbres du Tartare une fantasmagorie évoquée dans l’imagination des hommes par les tortures et les angoisses de leur conscience. Non, le doute de Pindare s'attaque uniquement à ce qui lui semble évidemment injurieux pour la majesté divine. En général, au contraire, il accepte avec confiance les merveilleuses légendes au milieu desquelles sa muse devait nécessairement vivre. H humilie sans hésitation son intelligence devant ces mystères qui la dépassent, à condition de la satisfaire d’un autre côté par l’idée de la toute-puissance suprême. Tantale est un exemple de l’incontinence des hommes et de l’aveuglement de quiconque prétend échapper aux regards de la divinité '.
« Dieu puissant, tu sais la fin dernière de toute chose et tu connais toutes les voies ; tu comptes les feuilles que la terre fait éclore au printemps et les grains de sable que les flots et les vents impétueux font rouler dans la mer et dans le lit des fleuves; tu vois clairement ce qui doit être et quelle en sera la eause *. »
Est-ce un chant d’une fête païenne ou n’est-ce pas plutôt quelque fragment d’un cantique à Jéhovah? Lisez ce qui précède : une passion impétueuse vient de s’allumer dans le sein du beau dieu Phébus à la vue de la nymphe Cyrène luttant contre un lion dans