I. Vojr. plus haut. p. 287. — 2. Odyss., XI, âîfi
358 INFLUENCE DE L’ORPniSMB.
chercher des divisons rigoureusement tracées. Les heureux y sont à côté des suppliciés; et, parmi les premiers, les uns semblent en effet mériter ce nom, les autres paraissent simplement, comme Minos, Orion et Hercule au XI* chant de l’Odyssée, se livrer encore aux occupations qui avaient rempli leur existence à la surface delà terre. Seulement la lumière est ici répandue partout, au moins dans la partie qu’occupent les héros épiques. La topographie reste vague, et cette grande composition se développe avec une liberté qui ne semble admettre d’autres lois que celles de l'effet pittoresque. Cependant elle obéit, en réalité, à des idées particulières qui donnent un sens déterminé à cette peinture de la vie héroïque continuée au delà du tombeau.
Il faut principalement remarquer le choix des scènes qui étaient placées aux deux extrémités et de celles auxquelles était réservé le centre du tableau. Los premières en formaient comme le cadre. Du côté opposé à celui où se voyait Tityos avec les deux allégories générales sur la nécessité universelle qui met fin à la vie terrestre et sur l’aveuglement qui en consume inutilement la jouissance, on retrouvait les deux supplices traditionnels de Sisypho et de Tantale , et I on distinguait, à peu de distance, des groupes d’un caractère à demi allégorique, destinés à représenter particulièrement le genre d'ignorance qui prive du bonheur dans la vie infernale. On saisit donc une correspondance entre les sujets qui occupaient les deux parties extrêmes de la composition.
Sisyphe roulait avec effort son rocher; Tantale souffrait toutes les tortures décrites par Homère et, en ou-
trej d’après le mythe plus récent raconté par plusieurs poètes et en particulier par Archiloque, le poète national de Thasos, patrie du peintre, il était tourmenté par la crainte d’un rocher dont la chute le menaçait à tout instant. Ces deux supplices, comme celui do Tityos, rappelaient une antique idée religieuse que la piété d'un Grec ne pouvait écarter : celle de la punition terrible infligée aux grands criminels qui avaient osé empiéter sur les privilèges des dieux. Cette idée domine tellement dans la croyance générale, dont l’artiste est d’abord l’interprète, qu’à côté des offenses religieuses, c'est à peine s il paraît concevoir quelque châtiment pour les outrages à la morale humaine. Encore ces outrages se rapportent-ils seulement aux droits de la famille, qui font partie de la religion, et au respect des objets du culte : près de l’Achéron, qui borde un des côtés de la peinture, un père étrangle un fils criminel, et l’auteur d’un vol sacrilège est torturé par une furie qui l’abreuve de poisons.
La philosophie seule avait encore osé substituer à la tradition toute-puissante de l’Enfer homérique des considérations de justice entendue au sens humain. Ainsi Pythagore1 prétendait avoir vu dans le Tartarc lame d'Homère lui-môme pendue à un arbre, et celle d’Hésiode enchaînée à une colonne d’airain, en expiation de tout ce qu’ils avaient dit d’outrageux pour la majesté divine telle que la conçoit la raison. Polygnote, au contraire, reste attaché à l’ancienne croyance. Seulement, dans un esprit religieux, il y introduit certaines conceptions qui attestent l’influence contem-