‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 124 sur 205 · Dans Diog. de Laérte, VIII · texte numérisé non relu

Dans Diog. de Laérte, VIII

INFLUENCE UE L’ORPHISME.

poraine des Mystères. Près des deux criminels dont il fait voirie châtiment, des initiés traversent sur la barque de Charon le fleuve infernal. On y distingue Tellis, ancêtre d’Archiloque, qui s’était illustré, comme on sait, par ses hymnes en l’honneur de Déméler, et la vierge Cléobée, qui de Paros, séjour aimé de la Grande déesse, avait apporté ses Mystères dans l’île de Thasos. C’est comme une sorte de confidence du peintre, célébrant ainsi le bienfait dont il a profité lui-même dans sa patrie. Par une pensée analogue, dans la partie correspondante de la composition, dans les grands paysages où étaient peints les supplices de Sisyphe et de Tantale, l’artiste avait placé deux groupes de non initiés. L’un était composé de deux femmes, l’une jeune, l’autre vieille, portant de l’eau dans des cruches brisées : une inscription disait qu elles n’avaient pas été initiées aux Mystères. C’était une nouvelle-interprétation du mythe des Danaïdes, approprié à cette idée que, sans le secours de la révélation secrète donnée par l’initiation, toute science s’écoule à mesure et périt. L’autre groupe, difficile à expliquer complètement, contenait des détails analogues. Pausanias, dont la sagacité plus que médiocre en donne une explication peu satisfaisante, se guide sans doute sur une tradition locale en disant qu’ils avaient rapport aux Mystères. Un peut dire en général que les Mystères grecs sont les Mystères de la mort. Il n’y avait donc rien que de naturel à ce qu’ils fussent rappelés dans une description des enfers. Nous avons d’ailleurs assez insisté sur le caractère de la religion d’Apollon Delpliien, pour que l’on comprenne à quel point clic s’accordait avec de pareilles idées.

Arrivons aux sujets qui étaient traités au milieu de la composition. Si la préoccupation religieuse des Mystères et des lois connexes de la vie et de la mort est sensible dans ce qui n’en formait pour ainsi dire que le cadre, à plus forte raison devait-elle paraître dans les parties principales. Et en effet, les groupes héroïques, multipliés par la science ingénieuse du peintre^ avaient pour centres deux scènes capitales, où ces vagues pensées se reconnaissaient sous des expressions différentes.

La première n’était autre que le thème primitif du sujet : Ulysse, le pieux adorateur des divinités infernales, admis à interroger le devin Tirésias, tandis que les profanateurs qui avaient voulu violer leur empire, Thésée et Pirithoüs, rivés par une force invisible à leur siège de pierre, expiaient cette tentative sacrilège. La seconde scène offrait aux yeux une opposition non moins significative, en rapport plus direct avec la pensée générale des Mystères et avec la religion de Delphes, et aussi plus profondément marquée de la pensée particulière de Polygnote.

La figure principale était celle d’Orphée, ce fils de la Muse Calliope et, suivant une tradition, d’Apollon lui-même, que les Orphiques célébraient comme le fondateur inspiré de leurs rites et de leurs My stères, à qui ils attribuaient l'origine et les monuments les plus vénérables de la science sacrée. Comme eux , le peintre laisse la légende touchante de l'amant désolé d’Eurydice, mais il ne fait pas pour cela d’Orphée une sorte de prêtre initiateur : il le représente dans la sérénité de sa gloire poétique. Cette intention ressort à la fois du caractère de la figure elle-même et du con-

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traste qu’offre à peu de distance celle de l’antique chantre Thamyris. Le Thrace Thamyris est aveugle, il a un extérieur misérable, la barbe et la chevelure longues et en désordre; à ses pieds est sa lyre donl les branches sont rompues et les cordes brisées. Telle est la punition de ce rival impie des Muses, les compagnes révérées d’Apollon Delphien. Orphée, au contraire, sur un tertre élevé, d’où il domine toute la scène environnante, et sa lyre à la main, se présente avec la noblesse pure et simple d’un type grec. Sa puissance est attestée pur lo geste do sa main droite dont il toucho tranquillement une branche du saule au pied duquel il est assis. Or, on se souvient peutêtre que, suivant Homère1, le saule est l’arbre infernal, celui qui croît dans le bois de Proserpine. Il y a donc là un emblème du voyage qu'il lui a été donné d’accomplir impunément dans le sombre royaume de la déesse.

Il est à remarquer que Polygnote, quelque goût qu’il témoigne pour ce genre d’effet dans d’autres parties de sa composition, n’a pas voulu laisser à Orphée le costume pittoresque des Thraces, dont les représentations postérieures ont aimé à le revêtir. 11 l’a fait Grec comme le dieu qui l'inspire et dont il orne le séjour, comme le dieu de la lyre, l’instrument consacré des fêtes de Delphes. A peu de distance, une place était aussi accordée au second des deux instruments principaux de la musique et de la poésio : au-dessus de Thamyris, on voyait sur un rocher Marsyas enseignant à jouer de la flûte au bel enfant Olympus. Mais ce n'était

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