‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 125 sur 205 · I. Ody js. , X · texte numérisé non relu

I. Ody js. , X

idée; de la destinée humaine.

qu'un groupe secondaire; le sujet était moins important : le prix du chant accompagné de la flûte («Auîia$) , n’avait été disputé à Delphes qu’aux deux premières Pythiades1, tandis que le chant accompagné sur la lyre avait continué de régner dans les concours solennels qu’il avait inaugurés dès les temps fabuleux.

La légende* nommait parmi les premiers vainqueurs à ces luttes musicales et poétiques, Thamyris luimême, à la suite de son père Philammon, tandis qu elle éloignait de ces fêtes Orphée et Musée, à cause de l’austérité de leur caractère. Polygnote ne s’était nullement placé dans cet ordre d’idées. Il n’avait pas pensé en particulier aux concours de Delphes , mais en général à l’esprit de la poésie et de la musique grecques, tel qu’il est divinisé dans Apollon. Le Thrace Thamyris représente pour lui l’inspiration désordonnée et à demi sauvage : il est humilié et réduit au silence par les Muses; tandis que la belle figure de l’Orphée grec représente l’inspiration réglée par la vertu purifiante de l’art, assez maîtresse d’elle-même et assez puissante pour dominer le trouble des sens et de l’imagination, pour s’élever jusqu’à l’harmonie et jusqu'à la sérénité. Ainsi est proposé à la poésie le même but vers lequel les Mystères dirigeaient la vie morale et religieuse. C’est dans ce sens et dans cette mesure que cet artiste supérieur, dans une œuvre destinée au plaisir des yeux, avait voulu indiquer la pensée profonde dont sa noble intelligence s’était aussi pénétrée : celle de l’aspiration de l’homme vers le calme et la félicité. A Delphes, sous l’influence du

). Pausan., X, 7. — 2. Pausan., ibid.

INFLUENCE DE L'ORPHISME.

grand dieu de cette ville sainte, cette pensée avait naturellement pris une direction particulière et s’était attachée à marquer l’action bienfaisante d’Apollon purificateur.

À vrai dire, l’Orphée de Polygnote est un symbole exact du génie grec, dont l'essence est de purifier ce qu’il s’assimile. Il porte en lui des principes d’ordre et de beauté qui le rendent ennemi de tout ce qui est trouble et obscur, de tout ce qui est brutal, dépravé, disproportionné. II rejette donc, quand il emprunte, ces éléments qui répugnent à sa nature et en dégage des types nets et brillants. Tel est le caractère de la religion nationale, dont les divinités par excellence sont Jupiter, Minerve et Apollon. A Delphes, les divinités vagues et ténébreuses qui présidaient primitivement à la science de l’avenir, se résolvent dans la figure pure et resplendissante de Phébus-Apollon. Tel est aussi le caractère vraiment divin de l’art grec, et c’est ainsi qu’il a mérité de servir de type à l’art en général. Le propre de l’art, en effet, à quelque matière qu’il s’applique, est de lui imposer une forme, une mesure, un rhythme, une harmonie. Nulle part il n’a mieux rempli ce rôle qu’en Grèce et n’a mieux révélé par là môme sa force d’invention. Ces réflexions nous conduisent tout droit à la tragédie, que l’art créait à Athènes, « la Grèce de la Grèce, 1 « pendant la jeunesse de Polygnote. Le principe de la tragédie était dans le culte thrace de Dionysos. Mais Athènes, en admettant le culte enthousiaste de ce dieu, lui fit perdre beaucoup de son caractère bestial et féroce, elle

l. Thucydide, Épitaphe d'Euripide.

l'humanisa : bien plus, elle le détermina et l’ennoblit par la vertu de l’art, car, recueillant le fruit des efforts antérieurs qu’avaient faits les poètes dithyrambiques , elle en vint un jour jusqu’à consacrer à Dionysos, comme le plus éclatant honneur, au milieu des applaudissements de toute la Grèce, conviée à ses fêtes, la forme de poésie la plus capable de toucher et d’élever l’âme. La tragédie fut donc le dernier degré de la transformation d’un culte barbare, et elle scella, par une œuvre commune, une alliance féconde entre le dieu thrace et le dieu grec Apollon.

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