‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 13 sur 205 · l)u Sublime , IX · texte numérisé non relu

l)u Sublime , IX

elle est elle-même l'œuvre de. sa liberté, et elle tend à faire rentrer tout le système du monde sensible et intelligible dans cette idée féconde d’ordre et d’harmonie d’où est sortie la civilisation antique.

Ce qui frappe tout d’abord dans Homère, c’est le développement et comme l’épanouissement de l’anthropomorphisme proprement dit dans toute sa force et dans tout son éclat. Chez lui, les divinités olympiennes semblent être toutes à la jouissance de ces attributs physiques qu'elles tiennent de l’humanité, et qu’entretient en elles une éternelle jeunesse. Impatientes d’exercer leur activité, de déployer la vigueur de leurs membres puissants, elles se précipitent au milieu des combats, puis viennent se reposer à des banquets où le nectar et l’ambroisie font couler dans leurs veines un sang plus pur que celui des humains, et que charment la lyre d’Apollon et les chants des Muses. Qu’est-ce que cet idéal de félicité, sinon la vie des guerriers et des princes, hôtes d'Agamemnon ou d’Alcinoüs? Pour les habitants de l’Olympe, cette félicité est durable et infinie. Mais elle n’est pas sans nuage : des haines et des douleurs la troublent; l’airain, même manié par des mains mortelles, entame leur chair divine; enfin, ils n’échappent pas à la grande infirmité humaine, le sentiment de l’impuissance et des désirs inassouvis. C’est donc bien la condition des hommes transportée dans le ciel. Cependant il y a autre chose dans Homère que des demi-barbares divinisés, et de la complexité de tant d'idées inachevées et contradictoires dont se forme la conception religieuse du poète, se dégagent assez nettement des principes supérieurs, qui dominent toutes ces images

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grandies el grossies de la nature physique et des imperfections morales de l'humanité.

Ce serait un travail long et difficile que de rechercher l’origine et le sens de chacune des parties dont se compose le monde divin d’Homère; mais on peut arriver assez vite à se faire une idée exacte de l'ensemble, en se bornant à regarder quels sont les traits généraux du dieu qui en est présenté comme le souverain ’.

Jupiter ou Zeus, l’assembleur de nuages, le maître de la foudre, le dispensateur des pluies et le père des fleuves, c’est encore la grande divinité primitive de 1 atmosphère, celle que les Pélasges de l’antique Üodoue , comme le rappelle une invocation d’Achille’, adoraient dans leurs rites grossiers comme l’unique source de fécondité pour la terre. Les noms et les attributs lui sont restés; et il est curieux de voir comment sa nature originelle persiste, à l’insu même du poète, jusque dans les fictions où il semblerait qu’elle dût être le plus oubliée. Un grand savant, Otlried Muller, l’a bien montré dans une interprétation ingénieuse et probablement vraie de la séduction de Jupiter par Junon sur le mont Ida’. Dans le poème, c’est un stratagème de la déesse qui emprunte la ceinture de Vénus pour charnier son puissant époux au profit de la cause des Grecs, et il en résulte une scène

1 . 1 es personnes familiarisées avec ces études n’auront pas de peine à reconnaître ici les idées de M. Guigninut, qui était mon guide désigné dans cette partie de mon travail quand même il m’eût été moins facile de mettre à profit sa science profonde et sa rare intelligence de l’antiquité.

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