Iliade, XVI
3. Iliade, XIV, 152. Voy. Otfr. Muller, Introduction ù une mythologie jurante, p. 243.
ET D’iIliSIODE.
d’une poésie voluptueuse et brillante, que l'imagination d’Homère a produite naïvement, sans aucune intention impie, mais sans plus de souci des moralistes à venir que des croyances du passé. Cependant il y avait eu autrefois quelque chose de plus naïf encore, c'était le mouvement d’adoration de l’antique laboureur d’Argos, qui, « plein de foi dans ses dieux Zens et Héra, sources à ses yeux de toute bénédiction, crut les voir s’unir réellement l'un à l’autre dans la saison des pluies propice aux semailles'. » Cette idée primitive n’est-elle pour rien dans cette nuée d’or qui enveloppe les deux époux au sommet de la montagne, et dans cette germination subite qui couvre la terre de gazon et de fleurs?
Le dieu élément de la nature se retrouve donc dans le dieu personnel de l’épopée homérique. Comment la seconde forme en est- elle venue à dominer la première, le poète, qui ne fait pas un traité de théologie, ne l’explique pas. Il ne cherche nullement à marquer rigoureusement l'enchaînement des idées ni celui des faits : il accepte bien la généalogie qui fait Jupiter fils de Cronos; mais de Cronos lui même il dit fort peu de chose; encore moins d’Uranus, et il n’est pas bien sûr qu’il les regarde tous deux comme d’anciens rois
1. M. Guigniaut qui cite ce passage d’Ottfr. Millier, en rapproche naturellement les vers célèbres des deux grands chantres latins de la nature : Lucrèce, I, 144 :
Conlinuo pereunt imbres, ubi eos pater Æther Conjugis in gremium terrai prucipitarit.
et Virgile, Géorg., II, 32ô :
At pater omnipotens fecundis imbribus Æther Conjugis in gremium la tæ descendit, et omnes Magnus aUt , magno commistus corpore , fœtu*.
53 I.ES DIEUX D'HOMÈRE
du monde détrônés. Ce qu'on voit clairement, c est l’empire de Jupiter bien établi, et Ion reconnaît que cet empire est fondé sur la double supériorité de la force et de la sagesse.
Cette force qui lui donne le premier rang parmi les êtres, est d’abord toute matérielle et toute brutale. Elle était nécessaire pour imposer un maître à la nature et pour réunir toutes scs puissances sous le sceptre d’une puissance unique. 11 semble, en effet, qu’à cette idée de la force de Jupiter se rattachent, dans Y Iliade , de vagues souvenirs cosmogoniques. Les révolutions par lesquelles 1 ordre s’est établi dans l’univers, les luttes primitives et fatales des éléments, encore attestées par les tempêtes, paraissent s’être symbolisées dans des combats que les divinités actuellement dominantes ont livrés à un autre ordre de divinités ou bien se livrent entre elles. Comment concevoir, sans supposer une lutte et une défaite, la peinture du séjour de Cronos, de Japet et des autres Titans? Tandis que les dieux olympiens goûtent un bonheur infini dans leurs demeures éthérées, dans l’éclatante limpidité d’un ciel toujours serein1, les Titans sont relégués au fond des sombres abîmes du Tartare, que ferment des portes de fer et un seuil d’airain, où ne pénètrent jamais ni les rayons du soleil ni l'haleine rafraîchissante des vents*. En vertu de quelle loi, sinon de celle du plus fort? Il est vrai que dans Homère il n’est pas nettement question de ces antiques victoires remportées par Jupiter sur les forces démesurées de la nature*, dont les Titans étaient