‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 135 sur 205 · I.E DITHYRAMBE · texte numérisé non relu

I.E DITHYRAMBE

nature, et auxquels les chants populaires n’avaient prêté qu’un langage insuffisant. C’était aussi comme interprète de ce genre d'émotions, principalement de colles qui se rapportaient aux révolutions du soleil, que pendant les trois mois d’hiver le dithyrambe résonnait à Delphes, à la place du péan, comme accompagnement des sacrifices

Chez les Athéniens, l’hiver n’était pas de même la seule saison accordée au dithyrambe : « A l’approche du printemps revenaient la fête de Dromios, et les luttes des chœurs mélodieux et la bruyante harmonie des flûtes \ » Nous savons de source certaine qu'au moins depuis Lasus d'Hermione, le maître de Pindare, des concours dithyrambiques contribuaient à l'éclat des Dionysies Urbaines. A ce moment, au milieu des évolutions de nombreux danseurs qui tournaient autour de l’autel sacré, et avec le sonore accompagnement de la flûte, retentissaient à la fois les louanges du dieu et celles de la saison nouvelle qui commençait sous ses auspices. C’est ce qui se voit clairement dans le beau fragment de Pindare :

« Jetez les yeux sur notre chœur, envoyez-nous la joie et l’éclat, ô dieux olympiens qui, au milieu des parfums de l’encens, visitez le centre de la sainte Athènes, où se presse la foule, et sa place brillante de gloire et de magnificence. Recevez les couronnes de violettes et f offrande des fleurs printanières, et daignez regarder le poète qui de la fête de Jupiter s’est avancé avec un bvmne éclatant vers le dieu couronné

I . Plutarque, De Ei apud Delphos, p. 389. — 2. Aristoph. Sub., 311. Voy. le Schol. & ce vers.

LE DITHYRAMBE

de lierre, celui que nos bouches mortelles invoquent sous les noms de Bromios et d’Ériboas Je suis venu célébrer la race de héros glorieux et des femmes de la famille de Cadmus (c’est-à-dire Bacchus, fils de Sémélé et petit-fils de Cadmus). Dans l’Argienne Némée, le devin attentif saisit le moment où la palme s’élance du tronc, quand s'ouvre la chambre des Heures et que les fleurs odorantes sentent le souffle embaumé du printemps. Alors le feuillage aimable des violettes se répand sur la terre immortelle, alors les roses s’enlacent dans les chevelures, les voix retentissent mêlées aux accords des flûtes et les chœurs font résonner les louanges de Sémélé, ceinte d’un gracieux bandeau. «

Voilà le printemps et sa brillante fraîcheur; c’était le printemps et la naissance de Bacchus que chantait le dithyrambe de Pindare. Faut-il y voir le type du genre de dithyrambe qui s’exécutait aux Dionysies Urbaines, et admettre, par opposition, l’existence d’une seconde espèce de chants dithyrambiques, destinée à une autre des trois grandes fêtes de Bacchus, aux Lénéennes , qui se célébraient en hiver, conforme au caractère plus passionné de cette fête, et plus propre enfin à créer en se transformant la tragédie ? Malgré le manque de témoignages anciens, cette hypothèse, adoptée par d’éminents critiques *, est très-plausible. On concevrait diflicilement que le di-

1. Ces deux noms expriment le caractère bruyant dos fûtes de Bacchus • où retentissent , avec les cris d’invocation, les flûtes et les cymbales.

2. Otfr. Muller, llist. de la littér. gr., ch. xxi; Dissen, qui se rattache complétemeut à l’opinion de celui-ci, Comment, in Pindari car mina, p. 616 et 620; Schmidt, ouvrage cité, p. 204 et suiv.

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