‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 136 sur 205 · I.E DITHYRAMBE · texte numérisé non relu

I.E DITHYRAMBE

thyrambe n eut pas figuré à l'importante fête des Lénéennes, c’est-à-dire du pressoir, exclusivement consacrée à Bacelms, antérieure aux Dionysies et attachée au sanctuaire de Limné, le plus ancien que le dieu eût dans Athènes. A quel moment d'ailleurs s'adaptaient mieux les légendes pathétiques qui formaient la matière principale de ces hymnes enthousiastes? La destruction du fruit de la vigne, broyé sous le pressoir, pour renaître sous la forme du vin; la tristesse de l’hiver, où toute la nature semble porter le deuil de son dieu enseveli pour un temps dans le sein de la terre, ne sont-ce j«is les principes mêmes du culte et des mythes les plus religieux? C'est surtout alors que le dithyrambe peut s’abandonner à cette passion qui est son essence. S’il est vrai d’ailleurs que les Lénéennes aient marqué l’époque principale des représentations tragiques1, il s’ensuit presque nécessairement qu’on y entendait originairement des dithyrambes, puisque la tragédie fut un développement de ce genre de poème.

En résumé, il y a plus d’une raison de croire qu’il existait de bonne heure à Athènes un dithyrambe lénéen, analogue au dithyrambe de Delphes dont parle Plutarque, analogue aussi à cette tragédie lyrique de Sicyone qui était consacrée aux malheurs d’Adraste, célébrant de même les souffrances et les épreuves du dieu, prêt enfin à chanter les infortunes des héros et contenant, par conséquent, en germe la tragédie dramatique. Seulement il ne faudrait pas se le figurer

1. Le fait serait établi, si l’authenticité de la loi d’Evégoros, citée dans la Uldieunr , p. n',7, était incontestée.

LE DITHYRAMBE

comme exclusivement lugubre, ni tout ramener à une distinction absolue entre la gaieté des Dionysies et la tristesse des Lénéennes. On sait qu’il y avait dans cette dernière fête une procession bachique avec les libertés bouffonnes de costume et de langage qu avaient pu inspirer primitivement la joie des vendanges et l influence du vin nouveau. Aussi plus tard admitelle naturellement les représentations comiques. Sans ce mélange des deux éléments de la tristesse et de la gaieté au sein du dithyrambe, lui-mème, comment comprendrait-on la remarque d’Aristote 1 sur le style, plaisant de la tragédie naissante? Elle le tenait, dit-il, de la forme satyrique d'où elle venait par transformation. Cette forme satyrique, c’était le dithyrambe avec les Satyres, qui formaient la partie la plus agreste du cortège bachique et qu’Arion, d’après le témoignage de Suidas, y avait admis en les ennoblissant par le langage rhythmé qu’il leur prêtait. Les hardiesses joyeuses de leurs paroles et le caractère grotesque de leurs allures , comme la vivacité tumultueuse de leur danse, étaient restés des parties intégrantes des représentations dithyrambiques : le sujet principal, même quand il était sombre et terrible, n'en ressortait que mieux. Ces sortes de contrastes, qui se retrouvent dans les Mystères les plus augustes, comme ceux d’Éleusis, répondent à un besoin de lame qui ne saurait suffire à la continuité des émotions tristes. Ils sont d’ailleurs aussi une forme de l’exaltation.

Néanmoins, ce qui dominait dans les dithyrambes qui ont donné naissance à la tragédie, c’était évidem-

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