‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 144 sur 205 · Ver- 280 et suiv · texte numérisé non relu

Ver- 280 et suiv

LES TRAGÉDIES DIONISIAQUES.

un jeu cruels, qu'il le conduit désarmé aux ménades de la montagne, pour le faire déchirer par sa propre mère.

Telle est la richesse d’effets qu’Euripide a su tirer de ce sujet traditionnel : la révélation merveilleuse de Bacchus dans sa patrie et dans sa famille1. Aujourd'hui il ne viendrait à l'esprit de personne de nier les beautés originales de sa tragédie : cette poésie et ce pathétique sont bien à lui; autrement elle n'eût pas excité dans l’antiquité une admiration si durable. C’était en effet de toutes les pièces dionysiaques celle qui était restée le plus populaire. En récit curieux nous la montre, bien longtemps après la mort d’Euripide, à l’époque de Crassus, pénétrant avec les mœurs grecques jusque dans la cour d’un roi barbare et y obtenant, par une surprise digne du goût de ces nouveaux spectateurs, un genre de succès qu’assurément le poète athénien n’avait nullement prévu ’. Cependant, quels que soient les mérites particuliers d’Euripide, nous avons dit et on voit peut-être que, parla nature même du sujet, un certain nombre des idées qu’il développe avaient dû être exprimées par ses devanciers. Nous le savons positivement pour Eschyle. Le fond de la fable des Bacchantes était dans son Penthée , et d’autres encore parmi ses drames avaient pu servir à son successeur.

Dans les Édonicns, la première pièce de sa Lycurgie,

1. Je n’ai p3s besoin d'avertir que je n'ai nullement prétendu faire un examen complet des Marchantes. C’est dans M. l’atin. on le sait depuis longtemps. qu’il faut chercher cet examen. Je n'apprendrai rien à personne en disant que son chapitre sur les Marchantes est un des plus intéressants et des plus remarquables par le sentiment de la poésie et de l'art grecs que renferme sou livre. — 2. Plutarque, Cil. Crass , XXXIII.

il n'avait pas manqué de, faire voir ou de décrire le bruyant cortège de Bacchus, en le rapprochant des adorateurs de la déesse thrace Cotvs. La voix retentissante des flûtes, «provocatrice du délire, » le bruit des timbales entourées d’airain, « les vibrations éclatantes des cris enthousiastes qu’accompagnent comme d’effroyables mugissements de taureau sortis de je ne sais quel endroit mystérieux, et des roulements de tambours qui semblent les grondements formidables d’un tonnerre souterrain: » ce peu de traits, échappés é la destruction, nous apportent dans la langue hardie et sonore d’Eschyle comme les échos de la bacchanale barbare qu’avait peinte sa forte imagination. Avec une audace qui blessait la délicatesse de l.ongin *, il avait représenté le mouvement frénétique de la bacchanale s’emparant même du palais de Lycurgue à l’approche de la divinité. Avant Euripide, il avait fait subir à Bacchus de la part du roi son ennemi un interrogatoire ironique, et marqué le contraste entre la beauté efféminée du jeune dieu et sa force merveilleuse. Par un artifice dont Aristophane lui reprochait l’abus, il ajoutait à l’effet de son aspect en le montrant quelque temps immobile et silencieux. Euripide, au contraire, a soin de prêter à Bacchus une habileté dialectique qui le fait traiter de sophiste par son adversaire.

Ainsi chacun des deux poètes avait présenté à sa manière certains effets et certaines situations qui tenaient au fond du sujet. Le premier y avait mis sans doute plus do force et de simplicité; le second, plus

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