‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 148 sur 205 · Slrom. V, 12 , s · texte numérisé non relu

Slrom. V, 12 , s

L ORPHISME D’ESCHYLE

« Va le glorifier maintenant 'de ta pureté), interdis-toi, par une affectation hypocrite, la chair des animaux ; sanctifié par Bacchus, proclame Orphée pour ton maître et pare-toi de la science de tous ses livres, vaine fumée*. »

On trouve là l’Orphisme avec les défiances populaires dont il est l’objet au moment même où son empire est le plus étendu. Le voilà en plein drame, dans la personne du héros de la tragédie. Quels effets Euripide a-t-il tirés de cette conception ?

D'abord de charmantes peintures qui, une fois comprises, ont excité à juste titre l'enthousiasme de la critique moderne*. L’Orphisme d'Ilippolyle se tourne en une espèce de dévotion mystique à la chaste Diane; et entre lui et la déesse s’établit un commerce saint et pur qui l’élève au-dessus de la condition humaine. II ne fait point fumer sur les autels de sa chère divinité un grossier encens, mais il va chercher pour ses offrandes les fleurs les plus fraîches que lui réservent dans leur sainte solitude des prairies respectées par le pâtre, où l'abeille seule ose pénétrer; ces fleurs sont entretenues par la rosée mystique de la Pudeur et il n’est permis de les cueillir qu’aux mortels favorisés qu'un privilège de nature, supérieur à toute étude, a doués d’une sagesse inaltérable, llippolyte sent la présence de Diane, il entend sa voix : elle est sa di-

1 . Vers 952 et suiv. Je crois devoir adopter le sens que je donne aui derniers mots, malgré l'autorité de Lobeclc ( Aglaoph. . p. 338). On a vu que. dans Alceste, Euripide parle des tablettes thraccs d'Orphée.

2. 11 me suffit do rappeler, chez nous, les noms de M. Villemain (Cours de littérature française au diz -huitième siècle; troisième partie , f" leçon . p 143); deM. Patin ( Euripide , cliap. il*) ; et de M. Saint-Marc Girardin ( Cours de littérature dramatii/ur, ch. xxxtv). M. Saint-Marc Girardin fail éloquemment ressortir le côté mystique du caractère d’Hippolyle.

ET I. ORPHISME D'EURIPIDE. 417

vine compagne, elle le forme presque à sa propre image, communique à son âme lu pureté dont elle est l'essence même, et répand sur sa florissante jeunesse la grâce noble et vigoureuse qu elle déploie la première dans ses chasses à travers les bois. « Nous voyons, dit Guillaume Schlegel, dans la beauté héroïque et vierge d’Hippolyte l image de sa mère l’Amazone et le reflet de Diane dans un mortel. » 11 le compare aussi au Méléagre ou à l’Apollon du Vatican. Pour bien comprendre cette belle figure, s’écrie-t-il d’abord, « il faut pour ainsi dire être initié dans les Mystères de la beauté, avoir respiré l’air de la Grèce. »

C’est là, en effet, une création toute grecque. Ce mélange, cette intime union de la nature physique et de la nature morale; cette vive et gracieuse entrée du jeune homme avec son cortège de chasseurs qui est comme la première révélation de son caractère ; et, en contre-partie, ce dénouement touchant et sublime, où la fière figure de son immortelle protectrice s’attendrit sans se mouiller de larmes et sans rien perdre ainsi de sa sérénité; scène admirable qui du sentiment des tortures corporelles s’élève jusqu'à l’abnégation plus que païenne d’un fils qui soutient en mourant le courage de son père, d’une victime qui expire en consolant l’auteur de ses souffrances et de sa mort: toutes ces beautés ne pouvaient naître qu’en Grèce, et l’on en chercherait vainement d’autres exemples dans les théâtres modernes. Il est juste, en même temps, d’enfaire honneur au génie personnel d’Euripide.

Mais sa pensée a-t-elle été de faire dominer exclusivement en nous ces nobles ou ravissantes impressions? Est-ce bien là le but ou l’effet de sa tragédie? Cher-

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