‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 151 sur 205 · I.’oRPHISME UESCHYLE · texte numérisé non relu

I.’oRPHISME UESCHYLE

assez éclatants, sa loi n’est pas assez clairement impérative ni assez nettement définie, pour que la conscience s’y repose et se sente ainsi réconciliée avec la divinité. Ce n’est donc pas le sentiment religieux qui est la principale inspiration de Yllippolyle : les émotions dramatiques viennent surtout du conflit de deux puissances rivales et des souffrances qu’il amène.

Tel est le génie d’Euripide. Il excelle surtout à troubler. Curieux, inquiet, plus porté vers la philosophie que vers la religion, il n’a ni la sérénité de Sophocle, ni la profonde émotion religieuse d’Eschyle. Il rapproche artificiellement des éléments disparates, les unit par le charme extérieur de la poésie, et les anime enfin par un pathétique humain, où se sent la réclamation de notre nature vouée à l’erreur et à la passion, mais nullement le besoin de confiance et d’adoration que le malheur redouble dans les âmes pieuses.

Sans trouble et sans passion, il n’y a point de vraie tragédie. Aussi Euripide a-t-il mérité d'être appelé par Aristote le plus tragique des poètes*. Et cependant il n’arrive à ce résultat que par une déviation de l’art. Si l’on se reporte, en effet, à l'esprit originaire du dithyrambe et de la tragédie, on voit que l’impression y était certainement plus nette et plus simple, et qu’il ne pouvait admettre ces doubles courants entre lesquels Euripide aime à partager l’émotion dramatique. C’est Eschyle qui développa la tragédie religieuse suivant son sens naturel. Quand même il présentait le spectacle des grandes catastrophes humaines, la religion était l'âme de sa tragédie: soit que l’homme y paraisse

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