Vers 346 et suiv., 455 et suiv. — 5. Eummid., v
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enfants qui vivaient le plus près d'elle, qui habitaient sur son sein et qu’elle nourrissait de sa substance, aux hommes, le don précieux de l’intelligence, avant que ceux-ci consentissent à en faire part aux dieux de l’Olympe. Et en effet les attributs des dieux leur sont venus de ceux qui les avaient créés.
Enfin Eschyle, qui n’a pas pu commencer, comme Hésiode, par expliquer les développements successifs de la nature, réunit autour de Prométhée les impressions qu’éveillent ces grandes scènes. Par là, il intéresse tout l’univers dans son drame, qui devient comme le centre du mouvement cosmogonique. Ainsi à peine le supplice du Titan est-il exposé aux regards, qu’on sent en même temps la calme majesté de ces premiers jours du monde où les éléments régnent seuls dans le vaste empire qu’ils viennent de se partager. La vie de la nature ne se révèle encore que par la mobilité de l’air et des eaux, par la marche des astres et par les phénomènes de l’atmosphère qui prennent un cours régulier, ou bien aussi par la forme variée, mais déjà immobile, des montagnes qu elle vient d’élever à la surface de la terre.
« O divin Éther et souffle rapide des vents, sources des fleuves et innombrables sourires des flots, et toi. Terre, mère de toutes choses, je vous prends à témoin, ainsi que ce disque du Soleil dont le regard pénètre partout.... »
O sont les premières paroles qui sortent de la bouche de Prométhée, dès qu’il est délivré de la présence de ses bourreaux. C’est au milieu de cette impression de solitude et d immensité que s’échappent ses plaintes sur l’ingratitude des dieux. Il est à l’extrémité de
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la terre, dans un désert inaccessible, « misérable jouet de 1 air » sur la cime de roches escarpées d'où sa vue ne se repose sur aucun être vivant. Ce sauveur des hommes est séparé d’eux, et surtout de ceux qu i! a civilisés par ses bienfaits, car les contrées les plus voisines, où retentit déjà par une sympathie mystérieuse un long gémissement sur son infortune', ont pour habitants des barbares, les Scythes, les Chalybes et les Amazones. Ce sont là les races qui sont désignées par leur nom* : les Scythes nomades qui habitent, suspendus dans les airs, des demeures d'osier transportées sur des chars, et les Chalvbes inhospitaliers, dont le sol produit le fer, et les Amazones ennemies de l'homme. Puis l’énumération s’étend jusqu’à des êtres plus étranges encore, les Phorcydes avec leurs sœurs les Gorgones, et, près des Grvphons muets, les Arimaspes à l'œil unique ; enfin, vers l'extrémité du inonde opposé;* à laScytliie, apparaissent les noirs Ethiopiens : géographie merveilleuse, inspirée en partie par cette Arimaspée d’Aristéas où devait puiser encore Hérodote, et destinée à frapper l imagination par l’idée de l’effrayante variété de l’univers et par celle des vastes espaces qu’embrasse le drame de. Prométhée.
Cependant la solitude du dieu sacrifié est adoucie par une consolation. Le bruit du marteau qui enfonce le fer dans sa poitrine a pénétré jusque dans les grottes de l'Océan, et aussitôt des ondes du grand fleuve s élèvent vers lui, comme un nuage ailé, les Oeéanides, sœurs de sa femme Hésioné, les mêmes qui, au-
!. Ver*. 405 sqq. — ?. Vers. 700 sqq., 794 sqq. et alibi.
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trefois, lirent entendre pour lui le chant d’hyménée. Elles se fixent près de lui et refuseront de le quitter, au risque d’être entraînées avec lui dans l'abîme parmi les débris du rocher frappé de la foudre. Mais ce qui s’exprime en réalité sous cette forme gracieuse et touchante, c’est la sympathie de la nature qui s’anime pour souffrir de la douleur de scs premiers-nés : « Les vagues agitées de la mer crient en s’entre-choquant, l'abîme gémit, les sombres profondeurs d’Hadès résonnent dans le sein de la terre, et les sources saintes des fleuves déplorent dans leur murmure ces souffrances lamentables*. »
Le caractère de Prométhée, comme être primitif, et ses rapports avec les éléments sont bien marques. II dit lui-même : a Jeunes dieux, souverains d'hier, vous croyez habiter une citadelle inaccessible aux larmes; n’en ai-je pas vu déjà tomber deux tyrans * ? » 11 est antérieur à Jupiter et contemporain de Saturne et d'Lranus. Il est en relation d’origine, non-seulement avec l'Océan dont le courant, qui ne connaît, pas le sommeil, entoure la terre; non-seulement avec son frère Atlas qui , « dans les régions du couchant, se tient debout, supportant sur ses épaules la colonne qui unit le ciel à la terre’, » mais même avec le monstre Typhon, dont le supplice est rapproché du sien dans un magnifique récit :
« J'ai plaint aussi, en le voyant violemment dompté, le fils de la Terre, habitant des antres ciliciens, monstre belliqueux à cent tètes, l’impétueux Typhon. Il s ciait levé seul contre les dieux, soufflant la mort parmi
1. Vers. ï.*ll sijq. edit. WeiU — 2. Vers 9,S6. — 3. Vers 3'«7, Cf. Ï27.
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leB sifflements de ses gueules effroyables; ses yeux lançaient des éclairs terribles comme le regard de la Gorgone; on eût dit qu'il allait renverser le trône de Jupiter : mais il n’échappa point au trait vigilant du dieu , la foudre enflammée l'atteignit de son vol rapide et fit tomber l’orgueil de ses vaines menaces, car, frappé au milieu des entrailles, il se sentit consumer par le feu et dépouiller de sa vigueur. Et maintenant, inutile et sans force, son vaste corps gît près des Ilots resserrés de la mer, écrasé sous les racines de l’Etna: cependant, sur les cimes de la montagne, Vulcain assis forge des masses incandescentes. De ses flancs déchirés s’élanceront un jour des fleuves de feu qui rongeront de leurs morsures sauvages les riches plaines de la Sicile : bouillonnement terrible de la rage de Typhon, tempête dévorante de flammes qu’il excitera encore par ses traits brûlants, bien que calciné par la foudre de Jupiter*. »
Voilà, comme dans Hésiode, l'image des dernières luttes qni ont agité le monde. C’est, avec plus de netteté, le même luxe et le même éclat d’expression. Eschyle y rattache, comme un écho lointain, le phénomène récent, l’éruption de l’Etna, dont l’imagination des spectateurs est toute pleine. Mais il ne se borne pas à réveiller en eux cos fortes impressions pour qu’ils les rapportent indirectement à Prométhée; il leur montre, lorsqu arrive la catastrophe, le Titan luimême impliqué dans le trouble des éléments. Le dernier défi que celui-ci jette à Jupiter est l’annonce de la tempête qui va se déchaîner contre lui :
I, Ver* 351-371.
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« Hé bien, que les traits à double dard s'élancent sur moi en serpents de flamme, que l’éther s’ébranle sous les coups du tonnerre et les convulsions furieuses des vents; que la tourmente arrache de ses fondements la terre avec ses racines, que les vagues mugissantes de la mer entravent les routes célestes des astres, et que mon corps, entraîné' dansles tourbillons par une inflexible nécessité, soit précipité au fond du noir Tartare : en dépit de tout, il ne pourra me faire périr1. » — « Et voici qu’en réalité, ajoute- t-il bientôt, la terre est secouée comme une mer furieuse, voici que résonnent les grondements de la foudre répétés par des échos formidables; les éclairs brillent en spirales de feu, et la poussière vole en tourbillons; tous les vents bondissent dans la lutte de leurs souffles opposés; l’éther et la mer se confondent1. »
Ainsi Promélhée ne se sépare pas de la nature, qui tantôt fait ressortir ses tortures par la séremié du vaste spectacle qu’elle déploie autour de lui, tantôt vient s’y mêler elle-même et enveloppe le dieu dans ses convulsions.
Essayons de dégager plus nettement l’idée religieuse et morale que contient le Promélhée d’Eschyle. Elle se présente sous une double face, suivantqu’on l’examine au point de vue de l'homme ou à celui du dieu qui gouverne l’univers. D’un côté, elle montre comment a été déterminée la place de l’homme dans le monde, et elle explique ainsi les contradictions de sa nature; de l’autre, elle fait voir la constitution d’un pouvoir suprême achevée et affermie par la possession de l’in-