I. flâQei {idôo;. Ayant
L’IDÉE DU MONDE
la nature du sujet. Le drame, en effet, a pour sujet un mystère, et le premier mérite d'Eschyle est de l’avoir développé avec une grandeur vague et vraiment mystérieuse. Il ne s’astreint, dans le détail, ni à une chronologie parfaitement claire ni à une logique absolue ; et les divers éléments qu’il emploie ne pourraient se séparer tous les uns des autres qu'aux dépens de ridée qui les unit. Rebelle aux procédés d'une analyse trop rigoureuse, cette œuvre po -aède par là même, avec l’intérêt dramatique, la vérité qui lui convient: vérité religieuse et morale, qui est dans le trouble du cœur autant que dans les vues distinctes de la raison. II faut reconnaître que l'émotion inhérente aux problèmes tels que ceux qu’agitait Eschyle, n’admet pas qu’il y ait vers la solution un progrès facile et régulier: on marche dans des ténèbres de temps en temps traversées par des lueurs qui font apercevoir la région sereine où l’on tend. Tel est l’effet que produit particulièrement le Promclh^e enchaîné; c’est d’ailleurs dans celle partie de la trilogie que, par le mouvement naturel de l’action, les ombres devaient le plus s'épaissir, tandis que sans doute la lin du Promélhée délivré s’éclairait d’une lumière plus égale et plus pure. Tel est aussi, en général, le caractère de la vie morale : dans le voyage que chacun de nous accomplit, le raisonnement est incapable de tenir devant nous un flambeau qui ne vacille pas et dont la clarté pénètre partout. Cette part d’incertitude et d’obscurité, source profonde d’émotion religieuse et dramatique, existe surtout dans la question de notre destinée, soit avant, soit après la tombe. Impliquée dans le grand drame surhumain de Prométhée et mêlée à la conception générale
DANS ESCHYLE
de l'harmonie du monde, cette question prend, comme il est naturel, toute son importance dans les tragédies qui ont des hommes pour personnages. Elle y développe les éléments moraux qu elle contient en elle, et nous nous y reconnaissons plus directement dans des images moins idéales.