‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 166 sur 205 · Iphiq. Tnur. lî'iâsqq · texte numérisé non relu

Iphiq. Tnur. lî'iâsqq

tique divinité : il en bannit ces révélations nocturnes et ce sombre mode de divination; il rétablit, en faveur de son fils bien-aimé, et la vertu révélatrice du trépied et les riches offrandes des fidèles, qui se pressent de nouveau autour de son trône éclatant. A partir de ce moment, la Terre n’est plus maîtresse des manifestations mystérieuses qui s’échappent de son sein, elle ne pourrait plus plonger la race humaine dans une horreur perpétuelle; mais l’annonce de l’avenir se fait à la lumière du jour, et est réglée par celui des dieux qui porte le plus fortement en lui-même le sceau resplendissant de l'harmonie éternelle.

Cependant, quel que soit l’attrait de cette conception idéale, et quel qu’ait été le mouvement des mœurs religieuses, ni les songes, ni l'art de les interpréter n’avaient disparu du monde; ils continuèrent d’exister dans la nature et d'agir puissamment sur la croyance des hommes. Et même, quand la tragédie se forme, ils y prennent, comme signes des événements futurs, une importance très-supérieure à celle des oracles. Cela vient à la fois du point de vue particulier d’Eschyle et de ce qu’ils prêtent davantage aux émotions dramatiques.

Sans doute, dans l'ambiguïté des réponses de Loxias, il y avait pour le drame une source d’intérêt. L’incertitude de ces avertissements qui laissaient le choix entre la crainte et l’espérance, et les erreurs qu’ils provoquaient, amenaient dans la destinée des hommes ou des peuples des surprises et des révolutions que l’histoire elle-même considéra avec une terreur pieuse. Comment la tragédie aurait-elle négligé un élément aussi pathétique? ].'OEdipe-Iioi de Sophocle nous mon-

DANS ESCHYLE

tre tout le parti qu'elle en sut tirer. Cependant il est à remarquer qu’Eschyle, autant que nous en pouvons juger, sans renoncer à ce moyen dramatique, ne le plaça pas en première ligne parmi les ressorts de l’action. Il semble même qu’il ait tenu à détruire ce qui paraissait en faire la principale valeur et le recommander à la tragédie, l'ambiguïté et l’incertitude. C'est du moins ce que confirment les deux exemples les plus frappants qui soient aujourd’hui sous nos yeux1- Dans le Promélhée enchaîné, Inaehus, inquiété par la persistance de ces songes qui viennent solliciter sa fille à devenir la maîtresse du roi des dieux, envoie consulter à Pytho et à Dodone. D’abord il n’obtient que des réponses obscures; mais à la fin les oracles lui ordonnent clairement, sous peine d’être foudroyé, de chasser lo de la maison paternelle et de souscrire à ce long exil qu’ont prononcé Jupiter et le destin : « Obéissant à ces ordres de Loxias, il me chassa, il me ferma la porte de sa maison, contrairement à son désir comme au mien : mais le frein violent de Jupiter l’y contraignait1. » Donc Loxias, interprète et ministre de la volonté de son père, finit par supprimer tout détour et tout voile pour en assurer l’accomplissement. L’art simple et hardi d’Eschyle, encore étranger aux péripéties, aime ainsi à marcher directement au but qu’il s'est fixé.

De même l'oracle des Clioéphores n’a rien d'équi-

1. Dans tes Sept Chefs il est question ( v . 746) d’un triple avertissement d'Apollon pythien m 'prisé par Laïus. Mais ce n’est que le souvenir d'un Tait antérieur au drame lui-même. De mime, dans les Perses, l'ombre de Darius, en apprenant le désastre de Salamine, reconnaît l'accomplissement d’anciens oracles (v. 739). — 2. v. 669 sqq.

voque; il est clair et impérieux; il lance, pour ainsi dire, en droite ligne1 Oreste vers le parricide, tandis que, d’un autre côté, le songe de Clvtemnestre la pousse éperdue sous le fer de son fils. II y a de plus ici une chose digne de remarque : c’est que l’unité de la conception du poëte subordonne l’oracle d’Apollon à la religion des morts, car il en fait un instrument de la vengeance d’Agamemnon, ou, si l’on veut, de la loi qui rend cette vengeance nécessaire. Eschyle se sentait, du reste, autorisé par une des fonctions les plus saintes d’Apollon Delphien. .l ai dû parler déjà de cette fonction qui soumettait à son autorité toute la législation au sujet du culte des héros, de la sépulture des morts et des hommages qu’on leur devait: « C’est lui, dit Platon qui l’explique, assis sur 1 omphalos au centre de la terre. » Donc Loxias, en prenant possession du siège occupé avant lui à Pvlho par la Terre et par Thémis, respecte le caractère qu’yavaient imprimé ces divinités vénérables : cette inspiration qui lui vient des régions infernales, lui apporte d’abord la connaissance des lois antiques dont le sanctuaire est aux enfers et qui de là régissent la famille et la société; enfin il devient lui-même le ministre de la religion des morts. Eschyle, le montre, comme tel, empruntant à ce monde redoutable ses moyens d’action sur les hommes : les visions et les terreurs nocturnes, les les maladies étranges de l aine et du corps qui rendent la victime impure et la retranchent de la société religieuse et civile :

I. Loxias , le nooi que porte Apollon comme dieu des oracles, contient, au contraire, l’idée d’obliquité, de détour. — 2. H épubl.. liv. IV, p. 427.

DANS ESCUYI.E.

« Le dieu, en révélant aux mortels les moyens d'apaiser la colère des êtres que la terre recèle, annonça les maladies réservées à ceux qui reculeraient devant l’exécution : des lèpres à la dent sauvage attaqueraient leurs cliairseten rongeraientlasubsUineeprimitive ; leurscheveux blanchiraient sur leurs tètes. 11 prédisait encore d’autres assauts des Érinnyes envoyées par le sang

paternel Ces fils timides verraient étinceler dans les

ténèbres l’œil courroucé de leur père. Car le trait lancé pendant la nuit du fond des enfers par un parent tombé sous une main impie, suscite la rage et les vaines terreurs enfantées par les ténèbres, il trouble, il chasse de la cité les rebelles flagellés par un fouet a airain. Pour eux plus de part aux cratères ni aux libations : la colère invisible d'un père leur interdit l’accès des autels; nul ne les accueille ni n’habite avec eux le même toit*. »

On voit donc qu’Esehyle, en s’attachant à ce côté du culte d’Apollon, le ramène ainsi que les oracles à la religion mystérieuse des enfers et de la mort, celle à laquelle les songes appartiennent exclusivement; et par là il fait participer les oracles à ce genre d’intérêt plus profond et plus pathétique qui par nature est inhérent aux songes.

Un oracle, en effet, de quelque appareil que soit entourée son émission, qu'il s'exprime en vers ou en prose, et quelle que soit l’étrangeté du langage figuré qu’il emprunte, s’adresse, en définitive, à l'esprit; il sollicite d’abord une opération intellectuelle, un examen et une délibération : les songes saisissent direc-

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