‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 17 sur 205 · Iliade, XV · texte numérisé non relu

Iliade, XV

ET D’HÉSIODE. 59

milieu de l'éther et des nuages, avec des liens d’or autour des bras et deux enclumes aux pieds, il n'y a là aucune allégorie. Des philosophes y ont reconnu tout un système du monde, où l’éther et l’air atmosphérique étaient représentés par les deux divinités, la terre et l’eau par les enclumes. Le poète ne songeait pas plus à ces explications profondes, qu'au symbolisme moins ambitieux de Mme Dacier, qui est bien tentée de voir dans les deux enclumes l’emblème des soins domestiques qui doivent retenir les femmes dans leur ménage, et dans les liens d’or les beaux ouvrages dont elles doivent s’occuper. Il se bornait à consacrer un emprunt grossier fait par l’anthropomorphisme aux mœurs d’une société à demi barbare, où la femme était traitée comme l’esclave, et rattachait ce châtiment conjugal à un épisode de la grande querelle de Jupiter et de Junon au sujet d'Hercule. Cependant il est à croire que cette tradition sur la tempête que la déesse avait soulevée contre Hercule, et sur les violences dont elle avait été ensuite victime, ainsi que ses enfants impuissants à la secourir, était un écho de quelque mythe perdu, d’un caractère plus naïf et plus religieux, sur les luttes des deux grandes divinités de l’atmosphère.

De même, s’il faut repousser en général les explications astronomiques, s'il ne faut pas voir avec Platon1 un symbole du soleil dans la chaîne d’or qu’Homère attache par supposition au sommet de l’Olympe, il est impossible de ne pas reconnaître dans ce passage célèbre une magnifique image de l’univers dompté

Page 1