‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 18 sur 205 · Theæt., p. 153 c · texte numérisé non relu

Theæt., p. 153 c

LES DIEUX D’HOMÈRE

par le dieu fort, que sa force même élève au rang de modérateur suprême :

« Vous connaîtrez, dit-il, combien il est vrai que je suis le plus fort de tous les dieux. Voyons, essayez, dieux, afin que vous le sachiez tous : attachez au ciel une chaîne d’or, à laquelle vous vous suspendrez tous, dieux et déesses. En dépit de tous vos efforts, vous n'entraînerez pas vers la terre Jupiter, le souverain ordonnateur. Mais, si moi-même je voulais tirer la chaîne à moi, je tirerais avec elle la terre et la mer elle-même; puis je l’attacherais au sommet de l'Olympe, et tout l'univers resterait suspendu. Tant je suis au-dessus des dieux et des hommes1! »

Jupiter apparaît ainsi seul au faîte du monde dans une position inexpugnable. 11 domine tout, et tout rentre dans son empire, lléra, sa sœur, est forcée d'obéir à ses ordres; ses frères, Posidon et Hadès ou Aïdonée, ne sont que les premiers de ses sujets. Posidon se révolte un instant contre son autorité*: il rappelle que, lors du partage primitif, chacun des trois fils de Cronos et de Rliéa a eu son lot déterminé, que la mer lui appartient comme les enfers à Hadès, comme le ciel à Jupiter, que chacun est le maître dans son royaume particulier, mais n’a aucun droit sur la terre ni sur l'Olympe, qui sont restés indivis. Mais bientôt il cède, et Jupiter, en s'applaudissant d’éviter un combat dont l’issue n’était pas douteuse, mais qui eût troublé dans leurs demeures jusqu'aux antiques dieux de la création*, montre bien encore par quel genre de victoires sur les puissances éléincn-

1. Iliade, VIII, 18. — 2. Iliade, XV, 187. — 3. Même chant, 224.

ET D’HÉSIODE. 61

taires de la nature sa domination s’est établie. Quant à Hadès, le roi des régions infernales et des ténèbres, il est si bien soumis à son frère aîné, souverain de l’éther lumineux, que par moments il semble se confondre avec lui. 11 est appelé dans un passage1 2 Jupiter souterrain, nom qu'Eschyle empruntera plus tard avec une intention encore plus nettement marquée*. Cette confusion sc conçoit d’ailleurs, parce que la personnalité d’Hadès est moins distincte que celles des divinités du monde supérieur, de même que son domaine est plus indéterminé et plus en dehors de l’action des sens. Mais il est surtout important de remarquer comment cette trinité, issue d’une origine commune, qui préside aux trois grandes provinces de l’univers, est portée à se résoudre en un seul être. Le dieu unique de la nature, que révéraient les antiques Pélasges, après s’être divisé comme pour mieux atteindre les diverses parties de son vaste empire, semble ainsi reprendre ses membres détachés et se ramener en luimême pour reconstituer l’unité primitive.

De cette phase de conquêtes qui avait inauguré, on le sent, le règne de Jupiter, il lui est resté l’amour des combats. Il est, dans l'Iliade, un vrai Dieu des armées, qui ne commet pas sa majesté en descendant lui-même dans l’arène sanglante, mais qui suit et dirige les luttes pour son plaisir propre, autant que pour en régler le succès d’après les lois du destin. Sa jouissance est à son comble, lorsque, à côté des combat-

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