V9H.1. HttT-HKM.— 1. Agnm. 179 jqq
DANS ESCim.i:.
Le poëte ne parle que des rêves effrayants, inspirés par le remords: mais, pour lui, cette voix de la conscience qui vient ainsi torturer l’âme du coupable aux heures où les passions se taisent et où le mouvement extérieur de la vie s’interrompt, c’est une révélation merveilleuse de la vérité, c’est un acte de bienveillance du dieu qui frappe et fait souffrir, mais qui veut, à ce prix, le progrès vers la science et vers le bien. Cette préoccupation morale, commune à Pindare et à Eschyle, est assurément bien remarquable; ce (pii ne l’est pas moins, c’est qu’elle les conduise tous deux à reconnaître aux rêves cette sorte de mission providentielle.
II n'y a jamais eu de tragédie aussi inspirée que la tragédie d’Eschyle. C'est véritablement la divinité qui prend possession des personnages, de leurs actes et de leurs pensées, de leur corps et de leur âme. Il en résulte (pie la plus grande hardiesse de ce poëte si hardi est en même temps l’application la plus légitime de son système. Je veux parler de la scène de \ Agnrru'mnon où Cassandre prophétise la mort du roi et la sienne propre. Là, l'inspiration divine ne se sent pas seulement, elle se voit. Or, si les songes, les oracles, les prédictions, racontés ou mentionnés dans le drame, sont les signes de la force supérieure qui le passionne en le conduisant à un terme fixé, quand son action est-elle plus sensible et plus pathétique, que lorsqu’elle apparaît, pour ainsi dire, elle-même sous les traits d'un personnage, qu’elle nous fait assister au travail douloureux de l’inspiration, et qu elle rassemble ainsi en un même tableau de plus en plus éclairé par des lumières sinistres, un long enchaîne-
LA DESTINÉE HUMAINE ment de crimes et d’infortunes, où la prophétesse marque elle-même sa propre place ?
Mais cette scène de prophétie ne pouvait être qu’une exception, même dans le théâtre d’Eschyle. Ni les légendes, qui fournissaient la matière des drames, ni la nature des effets propres à une pareille scène, ne se prêtaient à de fréquentes répétitions. Les songes, au contraire, se rencontrent à tout instant dans les traditions et même dans l’histoire, et la diversité infinie de leurs formes permettait au poète d’en varier à son gré les effets et de les plier davantage à l'expression particulière de ses idées. C’est ce qui fait qu’ils sont presque des parties essentielles de sa tragédie.