Sept
DANS ESCHYLE
mettent pas de montrer Xerxès successivement dans sa puissance et dans son abaissement; il ne pourra paraître qu’à la fin, abattu et désespéré. Il est vrai que sa prospérité antérieure est représentée, soit, au commencement, par la pompeuse énumération des peuples qui ont suivi ses pas, soit par la peinture même d’un désastre qui frappe de si nombreuses victimes. Mais ce n’est pas assez pour Eschyle; il veut que l’opposition soit plus fortement marquée : à di-iaut de Xerxès, nécessairement absent, il prend son pere, Darius, dont il fait, sans tenir compte des souvenirs de Marathon, un type idéal de la puissance des Perses. C'était, pendant sa vie, le monarque invincible . dont les armées conquérantes ne connurent jamais de revers : c'est aujourd’hui, par un mélange des croyances grecques et des formes orientales, le génie bien heureux de la famille royale, de la race de Persée, née de l’or, la div inité vénérable vers laquelle se tournent, dans leur détresse, son épouse, la vieille reine Atossa, les mains chargées de libations, et ses anciens sujets, qui l’implorent à grands cris comme leur unique protecteur :
« . . . . M’entend -il, le roi dont la félicite égale celle des immortels, entend-il les modulations barbares de ma voix plaintive et affligée? Je crierai jusqu’à lui mes maux et mes tristesses. M’entend-il du fond de l’Érèbe? O terre, ô vous tous qui commandez aux régions infernales, laissez-en sortir ce génie magnanime, cet enfant de Suse, dieu des Perses ; envoyeznous celui dont la terre persane n’a jamais recouvert
l’égal O prince, ô toi jadis mon souverain, viens,
montre-toi, parais au faite de ce monument funèbre,
LA DESTINÉE HUMAINE élève au-dessus tes pieds ornés de sandales couleur de safran, fais briller le diadème de ta tiare royale. Viens, ô Darius, ô père bienfaisant, ali ! viens, pour entendre mes récentes infortunes. Maître de mon maître, parais. Un nuage s'est élevé des enfers et a volé sur moi : la jeunesse de cet empire a péri tout entière. Viens, ô Darius, ô père bienfaisant, ah! hélas! hélas! ô toi dont la mort fut tant pleurée par les tiens1!... » Darius répond à cet appel pathétique; il donne à ses fidèles sujets cette preuve de sa sollicitude ; il franchit les barrières mystérieuses de la mort; il s’élève au faîte de son tombeau et se montre aux yeux de ses adorateurs prosternés au pied du monument. Il leur apporte le secours de la sagesse divine, un conseil de prudence et de modération pour l’avenir, appuyé sur l’explication religieuse du malheur qu’ils déplorent, ainsi que de la calamité non moins terrible dont il leur révèle l’approche. Ce sont d’anciens oracles qui s’accomplissent plus tôt qu’il ne l’avait espéré : «Mais, dit-il tristement, lorsqu’un mortel se hâte lui-même vers le mal, la divinité seconde son impatience.... Mon fils, emporté par la jeunesse, vient d’accomplir à son insu ces prédictions : lui qui a cru pouvoir enchaîner comme un esclave le saint Hellespont, le divin courant du Bosphore ; lui qui a prétendu en changer les lois et qui a mis aux flots des entraves forgées, pour ouvrir à une immense armée une route immense. Il croyait, l’insensé, qu’un mortel serait plus fort que tous les dieux, plus fort que Neptune. N’était-ce pas la folie qui s’emparait de mon enfant ? » C’est ainsi