‹ Le sentiment religieux en Grèce d'Homère à EschyleChapitre 175 sur 205 · Vers 288 et suiv · texte numérisé non relu

Vers 288 et suiv

comme Eschyle et humain comme Euripide. Ce sont de véritables apparitions qu’il évoque; au moins veutil les imposer à l’imagination des spectateurs, car il les leur montre sur la scène. Cependant on ne saurait dire s’il y croit lui-même, ou s'il ne les considère que comme des visions enfantées par le trouble de l’âme. 11 est plutôt dans cette sorte d’état intermédiaire entre le doute et la crédulité, auquel, suivant l’observation de Lessing', bien peu d’entre nous réussissent à se soustraire dans certaines circonstances et à certaines heures ; état vague, mais singulièrement poétique, car alors l’émotion fait battre le cœur et l'imagination échappe à l’efTorl de la raison. Les légendes, et en particulier celles du nord, aiment les apparitions ainsi que ce genre étrange de sensations qu’elles sont très-aptes à produire. Shakspeare a donc été naturellement conduit à les mettre sur la scène; et il l’a fait avec une hardiesse fantastique qui convenait à son propre génie, aux mœurs superstitieuses de ses contemporains et aux habitudes du théâtre anglais. Mais ce qui est le plus remarquable, c'est la valeur qu’il leur donne par les peintures morales qu’il y joint étroitement. On dirait même que le point de vue moral est celui qui domine pour lui, car le plus souvent le spectre n’est visible qu’à celui des personnages qu’intéresse particulièrement l’apparition et qui s’y trouve comme prépare par ses regrets, ses remords, ses craintes, par son état physiologique*.

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